La vie « sans cash » en Inde, au temps de la « démonétisation »

« T’as pas 500 roupies ? »

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January 21, 2017

/ By / New Delhi



Le nouveau billet de 500 roupies

Le nouveau billet de 500 roupies

La vaste opération de « démonétisation » annoncée par surprise le 8 novembre dernier par le Premier ministre indien, Narendra Modi, s’est traduite par le retrait de la circulation, pour les remplacer par des nouvelles coupures, des billets de 500 et 1000 roupies (environ 7 et 14 euros), qui représentaient au total 86% de la valeur de l’argent liquide en circulation. Les Indiens sont désormais priés d’apprendre progressivement à limiter le recours à l’argent liquide dans leurs transactions. Cela fait notamment le bonheur des entreprises proposant des solutions de paiements en ligne et autres porte-monnaie électroniques, via les smartphones.

Le mot d’ordre du gouvernement est simple : l’économie indienne doit devenir une économie « cashless », qui limite au minimum le recours à l’argent liquide pour les transactions, jusque dans les petites courses de tous les jours : pour acheter son journal ou son panier de la ménagère au marché du coin. La vaste opération de « démonétisation » menée par les autorités, destinée officiellement à combattre l’évasion fiscale et la fausse monnaie, vise aussi ce but à plus long terme : intégrer dans les circuits de l’argent électronique, à la traçabilité réputée meilleure, une part croissante de la population, développer la bancarisation et faire réaliser un grand saut technologique à l’Inde, en généralisant les paiements sans argent liquide.

Outre le fait que cette opération de « démonétisation », qui touche physiquement 24 milliards de billets, suscite une levée de bouclier de l’opposition et des craintes concernant ses effets négatifs sur la croissance, au moins à court terme (lire nos pages éco), elle se heurte aussi à des habitudes indiennes bien ancrées de recours à l’argent liquide. Les queues s’allongent devant les distributeurs automatiques des banques, en ville comme dans l’Inde rurale, qui représente encore plus des deux tiers de la population et où plus de 80% des transactions s’effectuent en liquide.

Certains, en particulier dans les grandes villes et parmi les nouvelles générations, contraints forcés, s’adaptent et utilisent de plus en plus des moyens de paiements électroniques.
L’exemple de Gaurav Talan, un professeur-assistant dans une prestigieuse université de New Delhi, la capitale indienne, est à cet égard édifiant. « Depuis le 8 novembre, il y a un mois et demi, j’ai dépensé moins de mille roupies (NDLR : l’équivalent de 14 euros) en liquide. J’utilise ma carte de crédit pour payer dans les magasins et régler en ligne tous les services comme les factures de téléphone. Et surtout je paie les petits achats dans la rue avec un système de porte-monnaie électronique », explique-t-il avec un sourire malicieux.

Le grand bond de Paytm et consorts

Si la démonétisation a bien fait des heureux, ce sont, les sociétés indiennes comme Paytm ou Mobikwik, qui permettent de régler des achats en téléchargeant une simple application gratuite sur son téléphone portable et en créditant son compte électronique en ligne, à partir de sa carte de débit et de crédit. Ces sociétés se rémunèrent en prenant une petite commission sur les transactions auprès des commerçants, de plus en plus nombreux, qui acceptent ce moyen de paiement via les smartphones.

Paytm a affiché une hausse de 200% des téléchargements de son application dès le 9 novembre et la société n’entend pas s’arrêter là. Elle prévoit de nouvelles levées de fonds pour se développer.
Des marchands de fleurs aux auto-rickshaws et aux services de taxis géo-localisés, des « dhabas », ces fameux restaurants de rue, au petit artisan du coin, ils sont de plus en plus nombreux à accepter ces solutions des sociétés de porte-monnaie électroniques, dont les autocollants fleurissent aux devantures.

L’Inde rurale bien moins impliquée

Mais s’il s’agit bien d’une tendance forte, attention quand même à l’effet d’optique. Tout le monde, très loin de là, ne s’est pas converti à l’économie « sans cash ». D’abord, parce que la bancarisation de l’Inde a encore devant elle une longue route, en particulier dans les campagnes.
« J’étais déjà quelqu’un qui utilisait peu de liquide. Cela n’a fait que renforcer mes habitudes. Mais je constate que les paiements électroniques restent très limités quand je vais dans un village. Et même parmi mes amis, dans l’Inde urbaine de la classe moyenne, je suis un de ceux qui utilisent le plus ma carte bancaire ou mon porte-monnaie électronique », tempère ainsi Gaurav Talan.
En matière de paiements, comme en bien d’autres domaines, nécessité fait loi mais les habitudes ont la vie dure : il faut un temps d’adaptation, parfois plus long qu’un simple téléchargement d’application…

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