« L’impôt sur la poitrine» de Travancore

Un combat féminin légendaire à ne pas oublier

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March 14, 2016

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Indes

Une carte de 1871 du royaume de Travancore, où Nangeli a vécu et souffert, dans la ville côtière de Cherthala (au sud de Cochin sur la carte).

Une carte de 1871 du royaume de Travancore, où Nangeli a vécu et souffert, dans la ville côtière de Cherthala (au sud de Cochin sur la carte).

La Journée internationale des femmes est célébrée chaque année le 8 mars. Mais il n’y a pas de jour particulier pour rappeler leur lutte pour l’égalité et la dignité, à travers les siècles. Il y a plus de 200 ans, Nangeli, une pauvre femme de caste inférieure de Cherthala, au Kerala, a gagné une place tragique dans les livres d’histoire. Elle s’est, selon la légende, coupé les seins, pour protester contre un impôt inique, le “mulakkaram”(« impôt sur la poitrine »), prélevé alors par les souverains du royaume de Travancore.
 
Cette histoire légendaire est lentement en train de disparaître de la mémoire collective au Kerala (Sud). Mais elle est importante à rappeler, comme symbole éternel du combat des femmes pour la liberté et comme illustration de l’oppression des castes inférieures en vigueur à l’époque.
 
Les rois de Travancore imposaient alors à leurs sujets les plus pauvres toute une série d’impôts, lourds et absurdes, pour amasser des fortunes, mais aussi contrôler les castes inférieures et les maintenir dans un état de pauvreté et d’endettement permanent. La liste était longue, de l’impôt sur l’agriculture et les récoltes, à ceux acquittés pour être simplement autorisé à porter une moustache, pour les hommes, ou des bijoux, pour les femmes. Ces dernières devaient, en outre, régler un tribut spécifique, simplement pour avoir le droit de couvrir leurs seins. Plus leur poitrine était grande, plus l’impôt était élevé.

Nangeli, une femme de la caste Ezhava, était trop pauvre pour payer cet « impôt sur la poitrine». Ainsi, lorsque le collecteur des impôts (le «parvathiyar») lui a un rendu visite, un jour de 1803, on raconte que Nangeli s’est coupé les seins en signe de protestation et les a disposés sur une feuille de bananier, devant le collecteur.

Après la fuite du « parvathiyar », Nangeli est morte d’hémorragie. Son mari, Chirukandan, a trouvé son cadavre à son retour. L’histoire dit qu’il s’est suicidé aux funérailles de sa femme. Il a sauté dans le feu de la crémation, commettant un «sati», un geste exceptionnel pour un homme, la pratique désignant le suicide de veuves.

Le sacrifice de Nangeli a créé une grande agitation et conduit quelques années plus tard à la suppression de cet impôt.

L’endroit où Nangeli a vécu est encore connu sous le nom de « mulachiparambu », la « poitrine des femmes ». Aucun mémorial n’a été élevé en ce lieu, appelé aussi plus communément de nos jours le « croisement de Manorama », dans la ville côtière de Cherthala. Mais l’histoire est restée et la lutte des femmes pour l’égalité continue, sous d’autres formes et en d’autres lieux.

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