Les résultats modestes du sommet des Brics à Goa, en Inde

Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud : un ensemble toujours en manque de cohésion

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October 17, 2016

/ By / New Delhi



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Le 8e sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), organisé ce weekend à Goa, en Inde, n’a pas enregistré de résultats marquants pour développer la cohésion politique et économique de cet ensemble encore très hétéroclite et aux intérêts souvent divergents. L’Inde, le pays organisateur, a cependant poussé ses pions au niveau bilatéral, notamment avec la Russie et le Brésil, et joué un rôle de pivot au sein de l’ensemble.

Les dirigeants des grandes économies émergentes des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), qui pèsent déjà 30% de la production mondiale, étaient réunis samedi et dimanche en Inde à Goa (côte Ouest) pour faire avancer plusieurs dossiers clés. Mais force est de constater qu’au-delà de déclarations générales sur l’économie et le terrorisme, la moisson est restée modeste en termes de résultats.

Les cinq pays n’ont notamment pas réussi à trouver un terrain d’entente sur deux gros dossiers : la création d’une agence de notation de crédit par les Brics et les modalités de coopération entre la Nouvelle Banque de Développement (New Development Bank, la banque des Brics) et les banques dédiées des différents pays membres chargées de se coordonner avec cette nouvelle institution dont le siège est à Pékin et qui est présidée par un Indien, K. V. Kamath.

Ces deux initiatives visent à développer le potentiel des Brics et de leurs institutions en tant qu’alternative à un ordre financier mondial encore dominé par des entités comme le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale, toujours très largement sous le contrôle des pays dits développés – comme les Etats-Unis, ceux de l’Union Européenne ou le Japon – en termes de droit de vote, même si ceux des Brics ont été – modestement – accrus au sein de ces institutions ces dernières années.

Pour ce qui est de l’agence de notation des Brics, c’est un projet cher aux Indiens mais sur lequel les Chinois ont émis des réserves, dans la mesure où cette structure serait adossée à des Etats, alors que les agences de notations mondiales les plus influentes comme Standard and Poor’s ou Moody’s sont des entités privées indépendantes. Les discussions se poursuivent concernant deux sujets clés et liés : comment assurer la crédibilité de l’institution et organiser les données sur lesquelles elle va travailler.

La Nouvelle Banque de Développement, lancée de manière effective l’année dernière, avance elle aussi lentement. Elle entend rassembler d’ici un an un revenu de départ de 2,5 milliards de dollars pour financer dans un premier temps des projets dans les infrastructures vertes et liées au développement durable, a précisé à Goa son président, K. V. Kamath, ancien banquier privé influent en Inde et ex-dirigeant du géant indien des services informatiques Infosys.

Au niveau des déclarations de bonnes intentions, les Brics, qui pèsent 43% de la population mondiale et 17% du commerce international, entendent doubler leurs échanges ensemble pour les porter d’ici à 2020 à 500 milliards de dollars. Ils se sont engagés à faire tout pour raviver une croissance mondiale bien atone, via une combinaison de politique monétaire, budgétaire et des outils structurels appropriés. On reste dans le vague, dans un ensemble où Brésil et Russie se débattent pour sortir de la récession, où l’Afrique du Sud est à la peine, où la croissance chinoise marque le pas et où seule l’Inde tire son épingle du jeu avec plus de 7% de croissance annuelle.

L’agenda indien

L’Inde, qui préside les Brics cette année, est d’ailleurs le pays qui a le plus mis en avant son propre agenda au cours de ce sommet. Les Brics, dans leur « déclaration de Goa », ont clairement marqué leur opposition au terrorisme, même s’ils n’ont pas fait mention du terrorisme « transfrontalier », comme l’aurait souhaité l’Inde. Qu’à cela ne tienne, le Premier ministre indien Narendra Modi a, de son côté, déclaré que « la menace la plus sérieuse pour notre prospérité économique est le terrorisme. De manière tragique, son vaisseau-amiral (NDLR ‘mother ship’) est un pays dans le voisinage de l’Inde », faisant référence sans le nommer au Pakistan, dont les incursions à partir de son territoire vers l’Inde, se sont multipliées dernièrement, générant une vive tension régionale.

L’Inde a aussi profité du sommet des Brics pour faire avancer ses liens bilatéraux avec la Russie, notamment en signant avec ce premier fournisseur de matériel de défense à l’Inde et partenaire historique de longue date, plusieurs gros contrats, au premier titre pour la fourniture des système de missiles de défense longue portée S-400 Triumf, pour une valeur de plus de 5 milliards de dollars. De plus, dans le secteur stratégique des hydrocarbures, la puissante famille indienne Ruia a accepté de vendre 98% de Essar Oil et un terminal portuaire à un consortium emmené par le géant pétrolier russe Rosneft, pour environ 13 milliards de dollars, ce qui en fait la plus grande acquisition étrangère en Inde.

New Delhi a aussi renforcé ses relations bilatérales avec le Brésil, à travers en particulier quatre protocoles d’entente dans l’agriculture et les ressources génétiques, les produits pharmaceutiques, le génome et les technologies liées à la reproduction, les investissements et leur facilitation.

En réalité, même si Pékin et New Delhi développent leurs exercices militaires communs et leurs échanges commerciaux, le principal obstacle à un développement plus rapide de l’intégration des Brics, au moins sur le plan politique, reste bien les intérêts divergents de ses pays membres et en particulier de ces deux puissances asiatiques.

Le NSG et la question de l’eau avec Pékin

Pékin, un solide allié du Pakistan, n’a toujours pas donné son feu vert à l’entrée de l’Inde dans le Groupe des fournisseurs nucléaires (Nuclear Suppliers Group, NSG) auquel elle déjà opposé un veto, infligeant ces derniers mois un camouflet diplomatique à l’Inde.

De la même façon, la Chine a déjà fait obstacle à deux reprises cette année, en avril dernier et ce mois-ci, à la requête de l’Inde pour que le chef du mouvement activiste basé au Pakistan Jaish-e-Mohammad, Masood Azhar, soit désigné par comme un terroriste par l’Organisation des Nations Unies. New Delhi considère le chef de Jaish-e-Mohammad comme responsable de plusieurs attaques mortelles sur son territoire, notamment celles contre le Parlement indien en décembre 2001 et, en janvier dernier, contre la base militaire de Pathankot, dans l’Etat du Punjab.
L’Inde, elle, est perçue par Pékin comme un allié de plus en plus proche des Etats-Unis, ce qui déplaît foncièrement aux Chinois, notamment le fait que New Delhi prévoit de donner un accès accru à ses bases militaires aux Américains.

Dans ce contexte régional tendu, la question de l’accès aux ressources en eau pourrait bien devenir la nouvelle source sérieuse de contentieux entre l’Inde et la Chine, qui entend par exemple utiliser à plein les ressources hydro-électriques du Brahmapoutre, notamment via le barrage de Zangmu, au Tibet, ce qui réduirait le débit disponible de ce long fleuve en aval, en Inde.

Décidément, les Brics forment déjà un solide mur potentiel dans l’architecture mondiale mais ils ont bien besoin de ciment et d’aplanir leurs différents, pour en renforcer la cohérence.

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