Baahubali : the Beginning

Tempête cinématographique indienne

Cinema

October 22, 2015

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Indes

Sep-Oct 2015

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Ce film produit simultanément en quatre langues – telugu, tamoul, malayalam et hindi – est le symbole même de la démesure.

Cette épopée spectaculaire réalisée par S. S. Rajamouli relate, sur deux générations, le combat fratricide de héros aux caractères opposés, engagés dans une lutte sans pitié pour la conquête du royaume mythique de Mahishmati, dans l’Inde médiévale. Le premier épisode de cette saga fantastique a généré 45 millions d’euros de recettes en seulement 10 jours. Dans un pays qui produit chaque année plus de 1 600 films et qui vend plus de 2,5 milliards de tickets, ce succès est déjà colossal !

Baahubali est justement le film de la démesure : 2h30 de projection pour trois ans de travail dont un an consacré uniquement à la pré-production avec plus de 15 000 dessins préparatoires. Un film produit simultanément en quatre langues – telugu, tamoul, malayalam et hindi – et déjà en cours de doublage en anglais et en français. Des milliers de figurants dont plus de 2 000 bodybuilders, 300 chevaux, 15 éléphants, la réalisation de décors gigantesques, plus de 20 000 armes et des dizaines de milliers de costumes pour la scène de la bataille finale qui dure à elle seule plus d’une demi-heure ! Le tournage en caméra Arri Alexa XT Digital, 17 studios et 800 techniciens engagés uniquement pour la création des effets spéciaux couvrant 90% des scènes du film. Une langue de 800 mots, le ‘Kiliki’, parlée par la terrifiante tribu des Kalakeya inventée pour l’occasion… Et le plus important budget de l’histoire du cinéma indien, 37 millions d’euros… Des moyens néanmoins très relatifs lorsqu’on les compare aux superproductions américaines.

Petite révolution

Si ces données brutes peuvent impressionner, Baahubali représente surtout une petite révolution dans l’industrie cinématographique indienne. Le film s’émancipe des codes traditionnels du cinéma hindi dominé par les productions de Bollywood, les fameux studios de Mumbai. Moins de sentimentalisme, de danses et de chants, des acteurs aux physiques différents et surtout des prouesses visuelles et techniques indiscutables, mettent sur le devant de la scène la production cinématographique de l’Inde du sud. En effet, si le cinéma hindi est le plus connu et le plus diffusé en Inde et ailleurs dans le monde, la diversité des langues et des références culturelles indiennes a favorisé le développement d’un cinéma prolifique dont les productions en tamoul, « Kollywood » ou en Telugu, langue de la région de l’Andhra Pradesh, « Tollywood », sont deux fois plus importantes qu’à Bollywood.

Originaire d’Hyderabad, le réalisateur S.S.Rajamouli représente ce cinéma du sud davantage tourné vers les récits traditionnels, l’action et les effets spéciaux.

D’ailleurs, lancé à quelques jours d’intervalle dans toute l’Inde, l’un des films hindis les plus attendus de l’année, Bajrangi Bhaijaan, n’a pas réussi à atteindre les mêmes scores d’audience, vexant la super star Salman Khan et relançant les tensions entre défenseurs des deux camps !

Néanmoins, le cinéma de S.S.Rajamouli reste surtout influencé par l’univers, les effets visuels et le traitement de l’image des blockbusters américains. Comment ne pas penser à la façon de filmer et aux batailles du Seigneur des anneaux de Peter Jackson, à la trame, à l’univers péplum et à la violence du film 300 de Zack Snyder, aux prouesses acrobatiques de Tigre et dragon de Ang Lee ou encore à la fantasmagorie développée dans les films de James Cameron ?

Si le film est servi par un véritable tour de force logistique, humain et technologique et des décors naturels magnifiques, le scénario et le développement de la psychologie des personnages restent pauvres. La sophistication technologique est éblouissante mais ne génère pas vraiment d’émotions, d’autant que le jeu des acteurs est souvent forcé et les rares scènes plus tendres sont kitchs et plutôt ratées. On a finalement trop souvent l’impression que la trame n’existe que comme prétexte à une démonstration pléthorique d’effets spéciaux.

Mais le spectacle est au rendez-vous et le second épisode Baahubali, the conclusion prévu en 2016, comblera le suspense laissé par ce premier volet. Gageons qu’avec un tel succès populaire, la saga Baahubali franchira prochainement les frontières du sous-continent.

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