Revue du film Neerja

Le courage face au terrorisme

Cinema

October 28, 2015

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Indes

mars-avril 2016

Neerja ou le courage, face au terrorisme

Neerja ou le courage, face au terrorisme

Une mise en scène terrifiante, un huis-clos bouleversant et une image d’espoir à travers le beau personnage de Neerja.
 
Pour les spectateurs, voici un film bien monté. Ils en parlent, ils y réfléchissent un peu, pleurent (…) Mais pour certains d’entre nous, c’est vraiment ce que nous avons vécu, esthétiquement amélioré, mais c’est une expérience de vie qui reste gravée en nous à tout jamais. (…) Des événements qui constituent des souvenirs obsédants, des souvenirs terrifiants que personne ne peut effacer. Vous ne pouvez imaginer ce que représente un vêtement dont la partie inférieure est entièrement tâchée du sang de votre maman. » Voici le témoignage de Khanjan Dalal que Ram Madhvani, le réalisateur du film « Neerja », a partagé sur son compte Twitter. Cet homme est un survivant du vol 73 de la compagnie Pan Am au départ de Bombay et à destination de New-York via Karachi et Francfort, le 5 septembre 1986.
 
Pendant l’escale à Karachi, un groupe de quatre hommes lourdement armés fait irruption dans l’avion et braque l’ensemble des passagers. C’est cet épisode réel et tragique que le film retrace de façon brutale et effrayante.
 
Le réalisateur suit ce détournement aux côtés de Neerja Bhanot, une jeune hôtesse de l’air qui endosse pour la première fois le rôle de responsable de cabine. Elle devait célébrer son 24e anniversaire le 7 septembre. A la place, ses parents accueilleront le corps sans vie de leur fille qui aura marqué les passagers survivants par son comportement héroïque.

Le film débute sur un parallèle efficace : une jeune fille joyeuse, aimante et épanouie participe à une petite fête de quartier avec ses parents avant de se lever très tôt le lendemain pour se rendre à l’aéroport, vêtue de son uniforme d’hôtesse de l’air, sous le regard admiratif de ses parents.

Au même moment, quelque part dans des ruelles mal éclairées, à l’étage d’un immeuble vétuste, des hommes s’affairent dans une certaine agitation. Des armes, des grenades des ceintures d’explosifs sont cachées dans des sacs, des hommes enfilent des uniformes. Eux aussi se rendent à l’aéroport.

Le choc a lieu a Karachi. L’avion est arrêté sur le tarmac. Les équipes de nettoyage viennent de finir leur travail et le commando ultra violent réussit à s’introduire dans l’appareil. Dans la panique, Neerja a la présence d’esprit de prévenir les pilotes qui ont le temps de sortir du cockpit avant que les terroristes ne défoncent la porte.

A partir de cet instant, on assiste à un huis clos terrifiant entre les terroristes déstabilisés et nerveux, les 360 passagers paniqués et l’équipage angoissé. Comme les passagers, le spectateur ne peut que suivre horrifié les agissements des terroristes. Les scènes sont tellement réalistes et la tension si forte qu’il est parfois difficile de regarder l’écran.

Mais Neerja agit. Cette toute jeune fille réussit à maîtriser la peur qui la paralyse pour se mettre au service des autres et apporter un peu d’humanité face à l’horreur : elle réconforte ses collègues et les passagers. Elle organise des distributions d’eau et de nourriture. Elle négocie avec les terroristes le droit de se rendre aux toilettes. C’est encore elle qui transmet les ordres des assaillants tout en rassurant les passagers.

Avec un remarquable sang-froid, Neerja lutte : elle ment sur l’identité de certaines personnes pour les sauver, elle cache les passeports américains pour prévenir des exécutions sommaires, elle explique discrètement aux passagers comment ouvrir les issues de secours, elle protège de jeunes enfants devenus la cible d’un terroriste fou.

Les lumières s’éteignent, et c’est la panique générale, la folie meurtrière, les tirs, le sang et les morts. Dans cette apocalypse, Neerja évacue les passagers par les toboggans des issues de secours enfin ouvertes.

Devoir de mémoire

Les actions héroïques de la jeune Neerja ont bouleversé l’opinion. Vingt passagers sont morts mais le carnage aurait pu être total. Pour sa bravoure, Neerja Bhanot est devenue la plus jeune récipiendaire de l’Ashoka Chakra, la plus haute distinction militaire indienne en temps de paix.

A travers des scènes filmées de façon hyper réaliste, le courage de Neerja est mis en exergue. Le réalisateur Ram Madhvani a voulu retracer le drame par devoir de mémoire et il explique que c’est la personnalité de la jeune fille qui l’a poussé à aller au bout du projet. Pour lui, Neerja est une héroïne féminine moderne qui incarne des valeurs de courage, d’émancipation, de beauté et d’humanité.

En écho aux événements qui se passent dans l’avion, Neerja repense à des épisodes de sa vie qui permettent aux spectateurs de découvrir une personnalité forte et attachante. Neerja est belle et elle assume cette beauté sans complexe. Elle pose d’ailleurs comme mannequin pour de nombreuses marques indiennes. Par jeu plus que par ambition professionnelle, elle est fière de ses contrats où sa beauté et ses cheveux courts sont valorisés.

Car Neerja est avant tout une femme libre. Mariée très jeune à un homme violent et abusif, elle réussit, tout en gagnant le respect et le soutien de ses parents, à divorcer puis à surmonter les épisodes humiliants qu’elle a dû subir. Elle est libre car elle choisit de travailler. En plus d’être mannequin, Neerja est fière de son métier d’hôtesse de l’air dans lequel elle vient d’obtenir une promotion.

Et Neerja, loin d’être amère malgré les épreuves endurées, est une jeune fille aimante avec sa famille, gentille avec ses collègues ; une jeune fille amoureuse ayant tout l’avenir devant elle.

Le discours émouvant de la maman lors de l’inhumation de sa fille sonne comme une ode à l’émancipation des jeunes filles indiennes. Elle explique comment Neerja a montré à travers chaque étape de sa vie ce que représentait l’égalité entre les hommes et les femmes. Elle qui lui avait inculqué des valeurs traditionnelles de respect, de soumission et de résignation, admire la force de résistance de sa fille, son courage et sa volonté de se battre face à toutes les formes de tyrannie et de barbarie.

Soulignons enfin la très bonne performance de l’actrice Sonam Kapoor. Souvent moquée pour ses rôles subalternes de jeune fille futile, la voilà, grâce à Neerja, propulsée dans le top 10 des meilleures actrices de Bollywood.

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