Le tourisme explose au Bhoutan

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June 4, 2015

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Indes

mai - juin 2015

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Situé à l’est de la chaîne himalayenne, le petit royaume du Bhoutan, connu pour son légendaire « bonheur national brut », attire de plus en plus de visiteurs du monde entier.

Dans le petit royaume du Bhoutan, frontalier avec l’Inde, le tourisme est en pleine explosion. Longtemps resté fermé aux étrangers et difficile d’accès de par sa géographie montagneuse, le pays himalayen accueille de plus en plus de visiteurs, sans renier sa politique touristique originale. « Shangri-La », « dernier royaume bouddhiste au monde », « pays du bonheur »… ces dernières années, le Bhoutan s’est construit une image de paradis de la sérénité. De magnifiques vallées dans lesquelles se nichent des joyaux architecturaux, tels que les dzongs, des forteresses abritant les pouvoirs religieux et administratifs… Celui de Punakha, réputé être le plus beau du pays, est judicieusement posé à la croisée de deux rivières charriant des eaux limpides.

Des monastères haut-perchés qui semblent défier les lois de la pesanteur. Celui de Taktsang, surnommé le « Repaire du Tigre », haut-lieu du bouddhisme, est aussi fréquenté par les Bhoutanais que par les touristes.

Une riche biodiversité, que la politique environnementale du pays tend à préserver. Et un modèle de développement basé sur le bonheur national qui suscite les curiosités.

Le Bhoutan a plus d’un atout pour attirer les touristes. Et de fait, le nombre de visiteurs s’est envolé ces dernières années. Ils étaient 20 000 en 2009, 40 000 en 2010, 60 000 en 2011, 105 000 en 2012, 115 000 en 2013. Et plus de 130 000 l’an dernier. La hausse est vertigineuse. En seulement cinq ans, le nombre de touristes a été multiplié par six.

Efforts de communication

Damcho Rinzin, directeur marketing du Comité du Tourisme du Bhoutan, voit plusieurs facteurs à cette hausse du nombre de visiteurs aussi abrupte que les pentes d’un sommet himalayen. « Encore peu de gens connaissent le Bhoutan. En termes de marketing, il y a donc beaucoup d’opportunités. »

D’après lui, les efforts de communication réalisés par le pays et ses agences de voyage commencent à porter leurs fruits. Damcho Rinzin ajoute que « le Bonheur national brut est un grand promoteur du Bhoutan. » Cet indice de développement alternatif développé par le Bhoutan est aujourd’hui son meilleur ambassadeur à l’international. « Les gens veulent savoir ce que c’est exactement. » «

Il y a 20 ans, je me suis dit : un jour, j’irai au Bhoutan » raconte Cynthia, une touriste luxembourgeoise croisée autour du poêle à bois d’un hôtel du centre du pays. « Lorsque je faisais mes études à Paris, j’avais entendu parler du Bhoutan comme étant un pays sans feux de signalisation. Et avec le Bonheur national brut, j’ai toujours eu envie d’y aller. » C’est désormais chose faite pour cette pharmacienne qui passe une dizaine de jours dans le royaume avec des amis.

Le pays ne s’est ouvert que récemment au tourisme. Le Bhoutan reçut ses premiers visiteurs étrangers – hormis de rares visites diplomatiques – qu’en 1974 lors du couronnement du 4e roi. L’évènement entraîna d’ailleurs la construction du premier hôtel du pays, dans la vallée de Paro. Ils furent à peine quelques centaines à visiter le royaume himalayen cette année-là. La fréquentation resta faible, avant d’augmenter dans les années 1990 et de connaître une ascension fulgurante ces dernières années.

Tourisme haut de gamme

Le mot d’ordre de la politique touristique bhoutanaise peut surprendre : « un faible volume pour de hauts revenus » ou encore « impact minimal et valeur maximale ». Partant du principe que le tourisme, notamment le tourisme de masse, a des effets sur l’environnement et la culture du pays d’accueil, le Bhoutan a fait le choix d’un « tourisme haut de gamme ». Peu de touristes, mais des touristes qui dépensent dans le pays.

Pour cela, le royaume a fixé un forfait journalier minimum, qui varie entre 200 et 250 dollars par jour selon la saison, soit entre 180 et 220 €. Ces forfaits incluent l’hébergement en hôtel 3 étoiles, les repas, les services d’un guide, d’un chauffeur avec véhicule, ainsi que les visites. Le Bhoutan n’est donc pas une destination de routards, qui vont sac sur le dos de guesthouses bon marché en hôtels modiques, en empruntant les bus locaux. Pour se rendre au Bhoutan, il faut nécessairement passer par une agence de voyage agréée par l’Etat bhoutanais.

 

Monastères haut-perchés, cours d’eau d’une infinie pureté, fêtes traditionnelles… le Bhoutan reste un petit paradis

Monastères haut-perchés, cours d’eau d’une infinie pureté, fêtes traditionnelles… le Bhoutan reste un petit paradis

Toutefois, ce tarif minimum n’est pas imposé aux visiteurs venant d’Inde, du Bangladesh et des Maldives, qui étaient en tout 65 000 à visiter le royaume himalayen l’an dernier. Les 68 000 autres visiteurs venant principalement d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie, eurent à s’acquitter de ce forfait journalier.

Cela représente une manne de revenus conséquente pour le petit pays. En 2013, le tourisme international avait ainsi rapporté 56 millions d’euros au pays, dont un tiers étaient des royalties allant directement à l’Etat.

Une destination culturelle

Le Bhoutan n’a jamais fixé de nombre maximal de visiteurs annuels, mais de fait le prix du séjour y a limité le tourisme. Mais jusqu’où la hausse actuelle ira-t-elle ? « On ne sait pas vraiment ce qu’il va se passer… » commente Damcho Rinzin. « Le Premier ministre a parlé d’un maximum de 200 000 visiteurs par an. Notre objectif n’est pas de faire de l’argent. Même si le secteur privé souhaite bien sûr accueillir toujours plus de visiteurs. Mais notre but est avant tout de recevoir le bon type de touristes, afin d’éviter les conflits avec les communautés locales. » Pour Damcho Rinzin, « un bon touriste est un touriste responsable, conscient et qui cherche à faire des treks ou à vivre des expériences culturelles. » Cela semble être actuellement le cas. Le Bhoutan est considéré par les visiteurs comme une destination culturelle. Un quart d’entre eux assiste ainsi à un festival local au cours de leur séjour. Les tsechus, des danses masquées qui ont lieu dans les monastères ou les dzongs, sont des évènements particulièrement prisés.

Les treks attirent également. Si le trek le plus fréquenté du Bhoutan, le Druk Path Trek relie Paro à Thimphu en six jours de marche facile, le pays compte aussi l’un des plus difficiles treks au monde. Il s’agit du Snowman trek qui traverse le Bhoutan d’Ouest en Est en une trentaine de jours, à des altitudes variant entre 4 000 et 5 000 mètres. Ils étaient 130 courageux à s’y aventurer en 2013.

Avec 133 000 visiteurs l’an dernier, le Bhoutan est encore loin de la barre des 200 000 personnes envisagée par le Premier Ministre. Mais la hausse est telle que cela pourrait arriver rapidement. A titre de comparaison, le Népal voisin reçoit chaque année 700 000 visiteurs. Pour Damcho Rinzin, il sera toujours temps de prendre des mesures visant à « limiter le nombre de visiteurs : augmenter le prix du forfait journalier, contrôler l’offre aérienne… »

Aujourd’hui, la plupart des visiteurs se rendent au Bhoutan en avion, principalement avec la compagnie nationale Druk Air.

 

Un spectacle de tsechus

Un spectacle de tsechus

La frontière avec l’Inde constitue la seconde porte d’entrée du pays. Sur les 700 kilomètres de frontière entre l’Inde et le Bhoutan, trois lieux de passage sont actuellement ouverts. La voie terrestre semble être appréciée par les touristes français, à en juger par les données du Comité du Tourisme du Bhoutan. En 2013, 27 % des 1 500 visiteurs français au Bhoutan traversaient la frontière indo-bhoutanaise à Phuentsholing. Ils étaient autant à avoir opté pour un vol depuis New Delhi.

Phuentsholing, au sud-ouest du Bhoutan, connecte le royaume himalayen avec l’Etat indien du Bengale occidental, à l’Est de l’Inde. C’est de loin la voie terrestre la plus empruntée. A l’Est, le passage de Samdrup Jongkhar, qui relie le Bhoutan à l’Etat indien de l’Assam, est également emprunté par quelques visiteurs étrangers. Là encore les Français sont surreprésentés, puisqu’ils étaient 10 % à rentrer au Bhoutan à cet endroit, alors que Samdrup Jongkhar n’est le point d’entrée retenu que par 2,5 % de l’ensemble des visiteurs étrangers. On peut donc facilement imaginer que la plupart des visiteurs français couplent un séjour au Bhoutan avec un passage en Inde.

Le troisième point de passage entre l’Inde et le Bhoutan, celui de Gelephu, reste très peu fréquenté à l’heure actuelle par les visiteurs étrangers.


 

Phuentsholing, ville-frontière

D’un côté l’Inde, de l’autre le Bhoutan. Côté bhoutanais, la ville de Phuentsholing étend ses larges rues tirées au cordeau aux trottoirs protégés par des arcades. Côté indien, dans la ville de Jaigaon, des venelles à l’équilibre précaire remplissent les espaces entre des axes embouteillés. D’un côté règne un relatif silence. De l’autre, un concert de klaxons. Entre ces deux mondes, là où la plaine indienne rencontre les montagnes bhoutanaises, une porte. Majestueuse. Richement peinte de dragons et de motifs végétaux où dominent des couleurs chaudes, rouge, orange, jaune, parsemées de touches de vert et de bleu plus discrètes. Le premier toit est surmonté par un deuxième niveau ajouré de petites fenêtres en arcades. C’est par cette arche que l’on transite de l’Inde au Bhoutan, entre Jaigaon et Phuentsholing. Du moins, les véhicules. Les piétons se faufilent eux par de petites portes à sens unique. Une pour l’entrée, une pour la sortie. Passer par Phuenstholing permet de se rendre compte du contraste saisissant entre l’Inde et le Bhoutan. Et d’appréhender la topographie montagneuse du royaume. Depuis la frontière indienne, six heures de route sont nécessaires pour rallier la capitale bhoutanaise Thimphu par une route en lacets traversant de denses forêts.


 

Pratique

Y aller : Pour se rendre au Bhoutan, deux options : la voie aérienne et la voie terrestre.
Des liaisons aériennes existent entre l’aéroport bhoutanais de Paro et les villes de Katmandou, Delhi, Bangkok, ou encore Dhaka.
Par voie terrestre, la frontière entre l’Inde et le Bhoutan peut être traversée à trois endroits : Phuentsholing, Gelephu et Samdrup Jongkhar.

Le prix : 185 ou 220 euros / jour. Ce forfait journalier varie selon la saison et comprend l’hébergement, les repas, les services d’un guide, un véhicule avec chauffeur et les visites.

La saison : Les mois d’octobre, novembre, mars, avril et mai sont considérés comme la haute saison touristique, tandis que les mois d’hiver décembre, janvier et février et ceux de la mousson estivale – juin, juillet et août – correspondent à la basse saison touristique.

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