Chiens des rues

Le bon Samaritain de Deer Park

Dossier

October 27, 2015

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Indes

Sep-Oct 2015



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Rajesh Mittal a abandonné une carrière lucrative dans l’immobilier pour se consacrer à la sauvegarde des animaux des rues. Il oeuvre à Deer Park, au coeur de South Delhi, et croit profondément que Dieu est présent dans chaque âme vivante.

« Nous devons protéger les animaux, les chiens, les oiseaux, les rats et les chats … C’est très important parce que Dieu est présent auprès de nous tous, en chacun de nous. Dieu est partout. Notre propre personnalité est fictive. La personnalité réelle est celle qui nous unit tous.» Tel est le credo de Rajesh Mittal, bon Samaritain des animaux dans le quartier résidentiel de Green Park, dans le sud de Delhi. Chaque matin, à quelques rues des boutiques animées du marché principal de Green Park, on peut croiser ce svelte et souriant barbu portant des seaux. Ils sont remplis de bonne nourriture, préparée par ses soins pour des centaines de chiens des rues mais aussi des chats, des oiseaux ou même des rats vivant autour de sa maison, près de Deer Park, l’un des nombreux parcs du quartier.

Rajesh, 58 ans, a renoncé à sa prospère entreprise immobilière en 1999, pour se consacrer à cette cause, après la mort de son père, décédé des suites d’une longue maladie. « Je gagnais beaucoup d’argent dans l’immobilier et le conseil », se souvient-il. « Je suis expert dans le domaine juridique. » Il poursuit : « Après cela, quelqu’un m’a conseillé : ‘Pourquoi travaillez-vous pour de l’argent. Vous avez assez d’argent pour vous et votre famille, si vous vous arrêtez. Il est inutile d’accumuler de l’argent et de le conserver.’».

Il ajoute avec un sourire : « J’ai donc commencé à réfléchir à cette perspective et j’ai travaillé pour les autres en consacrant l’argent que je recevais à plusieurs domaines, comme des plantations d’arbres à Delhi et autour, par exemple des manguiers ou des Imli (Tamarins). Après cela, j’ai commencé à installer des refroidisseurs d’eau potable. Chaque fois que j’avais de l’argent, j’achetais un refroidisseur et l’installais dans un temple hindou, une mosquée ou une gurdwara (temple Sikh). »

 

Rajesh Mittal et « ses » animaux

Rajesh Mittal et « ses » animaux

Rajesh est ouvert à toutes les religions, dans une approche holistique de la vie où Dieu serait présent dans chaque âme vivante, humaine ou animale, mais aussi dans la nature et dans les bâtiments consacrés au divin et aux enseignements religieux. A Deer Park, il met particulièrement l’accent sur la protection des édifices du patrimoine, les tombeaux moghols et la mosquée qui gratifient ce poumon vert de leur présence mystérieuse. Ces ruines remontent à l’ère Lodi (XVe-XVIe siècles) de l’empire moghol et elles offrent leur abri bienveillant et silencieux à toutes sortes d’animaux.

Le charmeur de chiens

Deer Park est également célèbre pour ses cerfs, vivant dans un enclos spécial, pour le plaisir des enfants et des parents qui s’égayent sur les pelouses colorées, partageant d’énormes pique-niques dominicaux. Une plage de repos dans une nature paisible, à seulement quelques encablures de l’animation de Hauz Khas Village et sa profusion de cafés et boutiques branchés. Des cages accueillent aussi des coqs et des oiseaux. La biodiversité est riche en plantes et en arbres, particulièrement dans les parties denses de Deer Park.

Rajesh Mittal déambule dans ces épais sous-bois, faisant retentir son sifflet, tel le joueur de flûte magique de Hamelin dans le célèbre conte des frères Grimm, attirant toutes sortes de chiens des rues des environs. Ces « kutta » (chiens en hindi), multicolores et craintifs, ne sont pas aussi maigres que d’autres ailleurs dans Delhi. Rajesh vérifie leur état de santé, les épouille et au besoin les vaccine. Leurs queues dansent joyeusement quand ils hument la nourriture préparée spécialement pour eux. Plusieurs heures durant ce matin-là, Rajesh a cuisiné chez lui du riz frais, mélangé à de la viande et – très peu – d’aliments pour chiens haut de gamme. La maison de Rajesh, un bâtiment de deux étages dans une rue calme et cossue près de Deer Park, est entièrement consacrée à ses bonnes causes. Elle est spacieuse mais remplie de stocks de nourriture, d’abris pour animaux et d’outils pratiques. Le maître de maison se contente d’un lit, d’une télévision, d’une table et d’un petit salon avec au mur des photos de famille et quelques figures tutélaires, comme Ganesh.

Rajesh ne s’offusque pas si certaines personnes du voisinage le traitent de « fou », même si depuis un certain temps elles se sont habituées à son rituel. Il est heureux de cette vie consacrée aux autres, visitant chaque jour le quartier, saluant ses amis, de l’intellectuel à l’homme d’affaires, en passant par le petit marchand de thé ou les employés d’un vieux restaurant (Dhaba) en plein air.

« Nous ne possédons pas cette terre. Nous ne pouvons même pas fabriquer une particule nous-mêmes. Nous ne pouvons même pas fabriquer cela, explique Rajesh en touchant son bras. Comment pouvons-nous dire : ‘J’ai deux enfants.’ Tout est donné par Dieu ».

« Ceci est fait de boue, répète trois fois Rajesh, touchant consécutivement son coeur, son oreille et ses yeux. Mais la vie est quelque chose d’autre, elle est à l’intérieur. Elle est cachée. Elle n’est pas visible avec ces yeux. Vous pouvez la sentir ». Il dit ensuite courtoisement au revoir, se dirige vers les bois et disparaît, englouti par les feuillages. On n’entend plus que son sifflet et quelques chiens qui aboient au lointain.


 

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