La France s’ouvre au

Cinéma Indien

Dossier

June 5, 2015

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La France s’ouvre au

Longtemps absent de la plupart des salles obscures françaises, le cinéma indien sous toutes ses formes fait une petite percée sur les écrans, grâce à des diffuseurs mieux avertis et à de nouveaux festivals, à Paris et en province.

En 2013, pas moins de 53 films indiens sont sortis dans les salles en France. Soit un par semaine en moyenne. Difficile à croire ? II s’agit en fait aux trois quarts de films tamouls – dont beaucoup de films d’action – destinés à la diaspora indienne. Ces fameux « Kollywood » mis à part, les films indiens restent encore peu distribués. Certes, les Français ont pu voir Kick et Happy New Year, les gros succès Bollywood de 2014. Mais le très bon Queen, sorti il y a un an et depuis primé meilleur film au Filmfare Awards et au National Film Awards, les récompenses suprêmes pour un film indien, n’a pas dépassé le cadre des festivals !

« Le public français est vraiment intéressé par le cinéma indien, mais il n’a pas accès à assez de films et les événements autour du cinéma et de la culture indienne en France sont trop peu nombreux», déplorait, en décembre 2013, Thierry Fremaux, le délégué général du Festival de Cannes dans une interview accordée au site indien en ligne Dear Cinema.

 

Plusieurs festivals s’appliquent à proposer films d’auteur et films grand public

Plusieurs festivals s’appliquent à proposer films d’auteur et films grand public

Quelques semaines plus tard, l’immense succès de The Lunchbox, de Ritesh Batra, venait confirmer ses dires. Le long-métrage qui, certes, sort du format du film indien typique, a finalement dépassé les 500 000 entrées dans les salles françaises. Particulièrement bien distribué par Happiness Production, il a bénéficié d’une bonne couverture presse, et le bouche à oreille a fait le reste.

D’autres films issus du cinéma indépendant indien ont reçu un bon accueil dans l’Hexagone. Après sa sortie à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes en 2012, Happiness Distribution avait proposé aux Français le film-fleuve Gangs of Wasseypur d’Anurag Kashyap, le porte-drapeau du cinéma indépendant indien. Puis au printemps 2014 son dernier film, Ugly, un thriller tourné à Mumbai sur une société mue par la cupidité. En ce mois de mai 2015 on attend à présent Titli, de Kanu Behl, sélectionné au Festival de Cannes en 2014 dans la section Un certain Regard, et depuis primé au festival du film indépendant de Bordeaux, au festival du film d’Asie du Sud transgressif, et au festival du Film Asiatique de Tours. Il est distribué par UFO distribution.

Une Inde plus réaliste

Les films indépendants, portés par une nouvelle génération de réalisateurs réussiront-ils à conquérir le public français ? Ceux-ci, qui donnent à réfléchir, montrent une Inde plus réaliste et contemporaine, à mille lieues de certains films Bollywood. Remarqués dans les festivals internationaux, des réalisateurs comme Geetu Mohandas (Liar’s Dice, 20013), ou Musa Sayeed (Valley of Saints, 2013) seront peut-être familiers d’un public averti d’ici à quelques années.

Ces deux derniers figuraient dans la programmation de la seconde édition du festival Extravagant India, en mars dernier, qui a rassemblé 2 500 personnes à Paris. Résolument tourné vers d’autres films que ceux de Bollywood, il montre la diversité du cinéma indien avec une sélection de films d’auteur et des films régionaux inédits et inconnus en France. Un pari qui marche. « J’ai le sentiment d’une réelle identification du public qui est venu », souligne François Vila, cofondateur et coorganisateur du festival, qui présentait 26 films en compétition. « La réception des films par le public et les professionnels est très encourageante. »

 

Le centenaire du cinéma indien, en 2013, a provoqué un regain d’intérêt pour tous les genres de films du pays

Le centenaire du cinéma indien, en 2013, a provoqué un regain d’intérêt pour tous les genres de films du pays

A Paris, Le Festival du Film d’Asie du Sud transgressif, qui a connu sa troisième édition en février, s’attache lui aussi à montrer des films d’auteur qui sortent des sentiers battus.

Le musée Guimet a aussi organisé pendant dix ans L’été indien, non renouvelé l’an dernier.

En province, d’autres festivals s’appliquent à proposer films d’auteur et films grand public. Le festival international des cinémas d’Asie de Vesoul (qui existe depuis 21 ans), Les journées du cinéma indien et Bollywood, à Montpellier, et le Festival des cinémas indiens à Toulouse, plus récents, en sont les meilleurs exemples.

Manque de curiosité

Alineji, une des rédactrices du site en ligne de référence Fantastik India, veut croire que ces nouveaux festivals qui émergent « correspondent à un besoin, à une demande du public ». Elle déplore cependant le manque d’intérêt de la grande presse « très peu curieuse en matière de cinéma indien ». « Elle a du mal à relayer les événements mais on ne désespère pas qu’elle y vienne », ajoute-t-elle. Selon elle, le centenaire du cinéma indien, célébré en 2013, a provoqué un grand regain d’intérêt pour tous les genres de cinéma dans ce pays « après la vague d’engouement malheureusement un peu retombée du début des années 2000. »

A l’époque, deux grosses productions, Lagaan, de Ashutosh Gowariker en 2002, puis Devdas, de Sanjay Leela Bhansali, présenté au festival de Cannes la même année, avaient fait sensation dans le paysage quasi-vide du cinéma indien en France. Les films avaient été de gros succès dans l’Hexagone. Mais le pari n’était pas gagné d’avance. « A la première projection de presse de Lagaan il n’y avait aucun journaliste », soulignait Laurent Daniélou, chargé de l’international à la société Rezo Films, cité dans un article de Geneviève Joublin sur l’historique du cinéma indien en France.

Dans les années qui suivirent, ce dernier n’a pas renouvelé l’expérience, faute de films suffisamment porteurs à ses yeux. Un distributeur, Carlotta film, a cependant sorti dans la foulée La famille indienne, Kabhi Khushi Kabhie Gham, en 2004, puis Swades, de Ashutosh Gowariker (2004) et Veer Zaara de Yash Chopra (2004) avec la première à Paris en présence des stars du film. Le succès fut mitigé cependant.

Aujourd’hui, quatre distributeurs se partagent le marché. Aanna Films et Ayngaram tirent leur épingle du jeu, avec 70 % des films distribués en France. Les deux autres sont BR Films France et Night ED Films.

Reste à espérer que des distributeurs comme UFO ou Happiness Production restent sur leur lancée. Un succès similaire à The Lunchbox, fenêtre ouverte sur la société indienne, serait le bienvenu !

La France dans le cinéma indien et vice-versa

Les Indiens sont les bienvenus pour venir tourner en France : c’est le message de l’ambassade de l’Inde en France, qui espère que les spectateurs viendront ensuite en touristes sur les lieux appréciés dans les films. Les films indiens montrant la France sont nombreux. En 1967, An Evening in Paris, avec la star de l’époque Sharmila Tagore, a fait date dans l’histoire du cinéma Bollywood. Pour la première fois, une actrice indienne se mettait en bikini ! Anecdote mise à part, ce grand succès du box-office est le long-métrage indien le plus célèbre tourné à Paris. Après des films comme Don (2006), de Farhan Akhtar avec Shah Rukh Khan ou London Dreams (2009) de Vipul Amrutlal Shah, Ishkq in Paris (2012) a été le premier film Bollywood tourné entièrement dans l’Hexagone, à Lyon et dans la capitale. Avec Isabelle Adjani dans le rôle d’un metteur en scène de théâtre, une star française de son envergure jouait pour la première fois dans un Bollywood. On attend à présent Tamasha, le prochain film de Imtiaz Ali, avec Ranbir Kapoor et Deepika Padukone, tourné en partie en Corse, en juillet dernier. Parmi les films français tournés en Inde citons Le Cactus (2005) une comédie de Gérard Bitton et Michel Munz. Son épouse, de Michel Spinosa, avec Yvan Attal et Janagi, tourné dans le sud de l’Inde, est sorti sur les écrans en 2013. L’hiver dernier, Claude Lelouch et son équipe ont passé six semaines entre Mumbai, Varanasi et New Delhi pour Un plus une, qui narre une histoire d’amour à quatre avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Christophe Lambert et Alice Pol.

Egalement attendus prochainement : le deuxième long métrage de Nicolas Saada, Taj Mahal, un thriller qui a pour cadre les attentats de 2008 à Mumbai ainsi que Diamant Noir, le premier long-métrage de Arthur Harari. Le film, tourné en février dernier en partie dans le Gujarat et à Mumbai en collaboration avec La Fabrique Films, est un mélange de tragédie familiale et de thriller.

Des films français adaptés en Inde

L’adaptation légale de films français par les Indiens a-t-elle un avenir ? C’est ce que veulent croire Unifrance et la société de production franco-indienne La Fabrique Films, basée à Mumbai. Conjointement, ils ont organisé, lors du festival du film de Mumbai, en octobre dernier, la première édition du mini-marché de reprise de films. Ils ont présenté aux professionnels indiens plusieurs long-métrages français, dont Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu (2014) de Philippe de Chauveron, Supercondriaque (2014) de Dany Boon, et Dans la Cour (2014) de Pierre Salvadori, espérant que l’un d’eux prendra le chemin de la comédie Après vous (2003), du même réalisateur, qui, une fois réadapté est devenu en hindi Nautanki Saala en 2013, sous la direction de Rohan Sippy. Dans la foulée de cette réussite, à laquelle a participé La Fabrique Films, cette dernière a facilité la vente de droits d’un autre film de Pierre Salvadori, De vrais mensonges (2010), qui va devenir Shimla Mirchi grâce à Ramesh Sippy. Hors de prix (2006) a aussi été évoqué. Par ailleurs, une version Bollywood de Intouchables (2011) de Eric Toledano et Olivier Nakache est également attendue. Elle sera produite par Karan Johar qui a engagé le réalisateur Mohit Suri. Dans le passé, une autre comédie, L’Emmerdeur (2008) de Francis Veber, a été adaptée en Inde par le producteur et réalisateur Jaj Dish Rajpurohit, sans succès. En 2007, Le Dîner de cons (1998) du même réalisateur, devenu Bheja Fry, avait été plagié illégalement, une pratique malheureusement courante en Inde.

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