Le sommet du G7 en France

Un agenda taillé sur mesure pour l’Inde

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August 24, 2019

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Indes

juillet septembre 2019

tailor-made

Dans le cadre de sa présidence, la France a innové avec un nouveau format et a invité plusieurs autres nations, dont l’Inde, et a établi un programme qui semble taillé sur mesure pour les besoins et priorités du gouvernement indien. Les dirigeants pourront-ils enfin passer des bonnes intentions aux actions ?

Emmanuel Macron, devenu président en se présentant comme un homme du peuple favorable à une gouvernance ouverte, tiendra un sommet du G7, dans la luxueuse station balnéaire de Biarritz, qui présente toutes les caractéristiques d’un « agenda du peuple ».

Depuis plus d’une décennie, les rendez-vous des dirigeants du G7 sont décriés comme étant des rassemblements stériles de personnes riches et célèbres dans leurs tours d’ivoire ignorant les réels problèmes auxquels fait face la planète. Et plusieurs manifestations de contestation ont pris une tournure très violente, notamment lors du G7 au Canada l’année dernière.

Emmanuel Macron a essayé de répondre à certaines de ces critiques en élargissant le sommet du G7 lui-même, en invitant quatre nations de différents continents – l’Inde, l’Afrique du Sud, le Chili et l’Australie – ainsi que quatre États africains, en plus de l’Afrique du Sud, afin de mettre en lumière les défis auxquels le continent est confronté.

La volonté du président français d’élargir le sommet et de le rendre plus inclusif se reflète également dans l’agenda qu’il a établi pour l’occasion. Au cœur de celui-ci : la lutte contre les inégalités croissantes. Il ne s’agit pas seulement de l’inégalité économique, qui a en effet largement crû depuis la crise financière mondiale de 2018 et ses retombées sur l’ensemble du globe. Emmanuel Macron veut aussi utiliser le sommet du G7 pour développer des mesures permettant de contrer les inégalités dans d’autres domaines – l’éducation, la santé, ou même l’eau potable, les répercussions du changement climatique, la situation des femmes et les crimes contre les femmes.

Un rapide aperçu sur ces sujets montre qu’ils sont tous, ou du moins devraient être, des priorités du Premier ministre indien Narendra Modi, alors qu’il commence son second mandat à la tête du pays.

Le gouvernement indien se bat contre la pauvreté et tente de fournir de l’aide aux plus vulnérables

Le gouvernement indien se bat contre la pauvreté et tente de fournir de l’aide aux plus vulnérables

Des défis à relever

L’Inde fait face à d’immenses défis pour affronter les questions d’inégalité. La croissance économique que connaît le pays depuis près de deux décennies a rendu certaines personnes extrêmement riches. Selon la banque Crédit Suisse, l’Inde compte aujourd’hui plus de 350 000 millionnaires et devrait en dénombrer environ un million d’ici 2027. Et les milliardaires se sont aussi multipliés depuis le début du millénaire.

Outre les grandes fortunes, la croissance économique a conduit à l’émergence d’une importante classe moyenne dans le pays, dont le nombre oscille entre 150 millions et 350 millions, en fonction des paramètres. Quel que soit le chiffre, une part considérable de la classe moyenne relativement aisée s’est livrée à une frénésie d’achats, des voitures et maisons aux produits de luxe, en passant par les gadgets, faisant de l’Inde l’un des plus importants marchés internationaux dans plusieurs segments.

Récemment un rapport des Nations unies sur la pauvreté a noté que le pays avait réussi à sortir plus de 271 millions de personnes de la pauvreté en une décennie, à la fin de 2016. Le pays enregistre ainsi la réduction la plus rapide de pauvreté multidimensionnelle, avec d’importantes améliorations au niveau financier, mais aussi de la nutrition, du combustible pour la cuisine et de l’assainissement.

Cependant, il reste toujours une large part de la population qui lutte financièrement. Selon une étude de l’ONG britannique Oxfam, la part de 1% des Indiens les plus riches concentre 73% des richesses de la nation, soit davantage que les 58% l’année précédente. L’organisation explique qu’il faudrait 941 années à un travailleur au salaire minimum en milieu rural en Inde pour obtenir ce qu’un cadre supérieur d’une entreprise de premier plan de vêtement gagne en un an. Selon les études, la croissance économique de l’Inde a laissé de côté des centaines de millions de personnes qui se battent encore pour avoir deux repas par jour. Un rapport de la Brookings Institution, un think tank américain, a dénombré l’an dernier en Inde près de 71 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, ce qui en fait le second pays confronté à ce problème après le Nigeria qui en compte 87 millions.

Mais le plus grand défi que doit relever le gouvernement indien est celui lié à la population qui est entre la classe moyenne et les plus démunis, près d’un milliard de personnes qui aspirent à la classe moyenne mais peuvent facilement tomber dans l’extrême pauvreté. Plusieurs études considèrent que si parmi elles, quelques dizaines de millions de personnes les mieux placées peuvent réellement aspirer à une ascension pour se rapprocher de la classe moyenne, ceux tout en bas de l’échelle se situent dangereusement au-dessus du seuil de pauvreté et de multiples raisons – la perte d’un emploi ou d’une terre, la maladie ou le décès d’un membre de la famille, ou un événement conduisant à l’incapacité de travailler du principal pourvoyeur du revenu familial – peuvent les faire retomber dans une extrême pauvreté.

Le développement pour tous, avec tous

Conscient des défis qu’il doit relever, le gouvernement indien combat la pauvreté et essaie de venir en aide aux plus vulnérables. Dans ce contexte, plusieurs programmes ont été lancés par les gouvernements successifs, avec des aides ciblées, telles que des systèmes de subventions pour la nourriture, l’éducation, la santé et le combustible pour cuisiner, ou encore des emplois garantis pour un minimum de 100 jours par an. Presque dès l’indépendance en 1947, le gouvernement a commencé à mettre en place un système de réservation dans les établissements d’enseignement et les emplois gouvernementaux pour les basses castes et les tribus, pour près de 2 000 groupes et communautés ethniques, comptant pour 25% de la population totale et historiquement les plus discriminés de la société indienne.

Une autre décision majeure pour réduire les inégalités a été prise aux premiers jours de l’indépendance afin de contrer le système féodal qui avait prévalu en Inde pendant des siècles. Dans le cadre de la réforme agraire, le gouvernement a plafonné les surfaces de terres qu’une personne pouvait posséder et a redistribué les terrains excédentaires aux sans-terre. Il a également donné des droits aux fermiers qui cultivaient la terre pour d’autres.

Au fil des décennies, les gouvernements successifs ont introduit ou amélioré des programmes de réduction des inégalités. L’actuel Premier ministre, Narendra Modi, a renforcé certaines de ces mesures en mettant l’accent sur la fourniture de combustible de cuisson non polluant sous la forme de gaz de pétrole liquéfié, ainsi que sur les installations sanitaires, en particulier pour les femmes de l’Inde rurale où l’accès aux toilettes a constitué un sérieux défi. En ce qui concerne la lutte contre l’inégalité financière, le gouvernement a lancé un programme de création de comptes en banque pour les défavorisés et les pauvres, leur permettant de bénéficier des avantages des différents programmes gouvernementaux.

L’un de programmes phares du gouvernement concerne la santé, l’un des principaux facteurs de l’inégalité économique en Inde. Alors que le secteur de la santé indien a connu une révolution ces vingt dernières années avec l’émergence d’hôpitaux de premier ordre, équipés de machines dernier cri, l’accès à ces établissements de santé privés reste limité aux plus aisés, aux fonctionnaires et à ceux ayant une assurance. Ainsi près de 95% de la population indienne doit recourir aux anciens hôpitaux mal équipés où manquent médecins, personnel soignant et médicaments. De plus, une large part de la population rurale n’a même pas accès à ces hôpitaux publics en raison des grandes distances, du manque de réseaux de transports ou de services ambulanciers.

Pour répondre aux besoins en matière de santé, le gouvernement a donc lancé un système offrant une assurance santé couvrant jusqu’à 500 000 roupies (soit 7 700 dollars) par foyer. Le programme, présenté comme le plus important au monde, s’adresse à plus de 500 millions d’Indiens parmi les plus pauvres. D’autres programmes ciblant des groupes spécifiques ont également été mis en place, allant de l’attribution de pensions aux petits commerçants, à la distribution de repas gratuits pour tous les enfants allant à l’école, permettant d’assurer une bonne nutrition au moins une fois par jour, en passant par l’aide à la construction de maisons ou à la formation professionnelle.

Le gouvernement a, en outre, essayé de remédier à l’inégalité liée au genre, autre immense challenge. Les femmes sont toujours victimes de l’inégalité sous toutes ses formes, et dans tous les aspects de leur vie, dès la naissance, avec le taux de fœticide féminin qui demeure élevé, puis face à l’alimentation, l’éducation, la santé et le travail. Les femmes voient la priorité donnée aux hommes dans tous ces domaines et souvent à la demande des familles. À travers différentes initiatives, systèmes d’incitations et de sanctions, le gouvernement a tenté de combler l’écart entre les sexes, mais cela reste largement un chantier en cours en raison de la nature même du problème, restant profondément ancré dans les mentalités et traditions indiennes.

Le gouvernement a renforcé plusieurs mesures, en mettant l’accent sur les sanitaires, en particulier pour les femmes dans les zones rurales

Le gouvernement a renforcé plusieurs mesures, en mettant l’accent sur les sanitaires, en particulier pour les femmes dans les zones rurales

D’importants obstacles sur la route de l’égalité

De nombreux défis attendent le gouvernement dans pratiquement tous les autres domaines également. Face à l’immensité du pays, les dépenses du gouvernement en matière de santé et d’éducation sont très faibles. Au lieu d’atteindre le taux recommandé de 6% du PIB à allouer à l’éducation, les dépenses dans ce secteur sont passées de 4,6% en 2014 à 3,5% en 2019. Dans le domaine de la santé les dépenses sont encore moindres avec une moyenne de 1,5% du PIB allouée à ce secteur cette année.

Le sort des autres actions prioritaires contre les inégalités reste à peu près le même dans la mesure où les différents gouvernements ne sont pas parvenus à trouver les fonds nécessaires pour ne serait-ce que garder sous contrôle les inégalités en Inde. Toutefois, des groupes de la société civile, des philanthropes et les entreprises qui doivent consacrer 2% de leurs profits à des causes sociales chaque année, ont essayé de combler le vide en matière de financement, mais l’écart entre les besoins et les fonds disponibles continuent d’augmenter. Par conséquent, en l’absence d’un financement adéquat, les faibles filets de sécurité existants voient de larges trous se former, laissant tomber des dizaines de millions d’Indiens chaque année. Cela se reflète dans la manière dont les inégalités se sont creusées en Inde.

Selon Oxfam, la part de 1% des plus riches Indiens possédaient 58% des richesses nationales en 2017, dépassant ainsi la moyenne globale de 50%. Et le passage à un taux de 73% s’est fait avec une augmentation de leur fortune de l’ordre de 3 216 milliards de roupies (soit 50 milliards de dollars) soit une hausse de 40%, alors que 670 millions d’Indiens, comprenant la moitié la plus pauvre du pays, ont vu leurs revenus augmenter de seulement 1%.

Le gouvernement et la société doivent prendre d’urgence des mesures pour y remédier, si l’Inde veut éviter des tensions sociales auxquelles mènerait sans aucun doute cette hausse inquiétante des inégalités.

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