Ségolène Royal – Envoyée spéciale pour la mise en œuvre de l’ASI

L’Alliance solaire internationale : « L’Union fait la force »

Interview

March 9, 2018

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SÉGOLÈNE ROYAL, envoyée spéciale pour la mise en œuvre de l’Alliance solaire Internationale

Née lors de la COP 21, l’Alliance solaire internationale (ASI) est une initiative lancée conjointement par l’Inde et la France le 30 novembre 2015 pour développer l’usage de l’énergie solaire dans 121 pays à fort ensoleillement, situés entre les tropiques du Cancer et du Capricorne. Dans un entretien exclusif avec INDES, Ségolène Royal, envoyée spéciale du gouvernement français pour la mise en œuvre de l’Alliance solaire Internationale, fait part de ses attentes vis à vis du sommet de l’ASI – qui se tiendra à New Delhi, le 11 mars – ainsi que du rôle important de l’Inde et de l’ASI dans le succès opérationnel des projets solaires.

Qu’est qui a amené la France et l’Inde à initier le projet de l’Alliance solaire internationale ?

La France et l’Inde, pendant la conférence de Paris se sont alliées pour mettre en place l’ASI. La France venait alors de faire voter la loi de transition énergétique pour la croissance verte, que j’ai portée au parlement en tant que ministre chargé de l’Énergie, du Développement durable et de l’Environnement. Et l’Inde s’était très fortement engagée, avec le Premier ministre Modi, dans cette stratégie d’Alliance solaire. Nous avons ainsi trouvé un allié très fort pour la mise en place de l’ASI.

Nous sommes ensuite retournés à Delhi en 2016 pour poser les premières bases de cette alliance. Aujourd’hui, une nouvelle étape est franchie puisque il y aura à la fois le sommet fondateur organisé à New Delhi, puis l’assemblée générale et surtout grâce à l’appel à projets que nous avons lancé, une centaine de projets opérationnels venant de 23 pays feront l’objet d’un engagement et notamment de recherches de financement.

Quelle est la place de la lutte contre le changement climatique et plus particulièrement des énergies renouvelables dans la relation franco-indienne ?

Cette place est très importante et notamment parce que – et cela sera annoncé lors du sommet de Delhi – il y a déjà une alliance entre les entreprises françaises et indiennes. Les entreprises françaises sont déjà partenaires des chantiers indiens. Lors de sa visite, le président de la République inaugurera une centrale crée par ENGIE. Par ailleurs, la mobilisation des PME va permettre de réaliser les quatre programmes opérationnels définis par l’Alliance solaire. Ils ont été volontairement choisis pour qu’avec l’énergie solaire on réussisse aussi la lutte contre la pauvreté et le combat pour la santé et l’éducation. Le premier programme concerne notamment les équipements dans les villages, que ce soit les pompes solaires, l’éclairage solaire, le refroidissement solaire pour les denrées alimentaires, il y a aussi le développement des serres solaires, la désalinisation de l’eau, etc. Le deuxième programme, est ce qu’on appelle les réseaux intégrés en auto-consommation de l’énergie, les « smartgrids ». Dans les petits villages, dans les îles et les quartiers urbains, il est possible d’installer un système totalement autonome en énergie pour les populations concernées. Le troisième programme concerne l’équipement des panneaux sur les toitures ; c’est ce qu’il y a de plus simple à faire, encore faut-il que la consommation directe soit autorisée dans les différents pays. Donc il nous faut lever tous les blocages qui ont lieu quant à l’autoconsommation. Et enfin le dernier programme concerne la mobilité solaire électrique pour les deux roues et les trois roues. Parce que si on veut lutter contre la pollution et la consommation excessive de pétrole, il faut empêcher l’explosion du nombre de véhicules et au contraire s’orienter vers des transports propres.

L’Inde veut atteindre 175 GW d’énergie solaire d’ici 2022 contre 38 aujourd’hui. Est-ce réalisable ? Quelle est l’étendue de la collaboration franco-indienne ?

Bien sûr c’est réalisable, ca parait ambitieux mais c’est réalisable. Tout d’abord parce que le prix des installations solaires baisse, parce que les technologies s’améliorent et les partenariats se renforcent. La France est tout à fait disposée à être le premier partenaire de l’Inde pour tous ces sujets. L’Inde devient aussi – parce que ce sont finalement des échanges trilatéraux – l’un des principaux partenaires de l’Afrique, comme la France souhaite l’être également. C’est à dire que les coopérations franco-indiennes vont particulièrement être fructueuses en direction de l’Afrique. Et c’est ça qui est intéressant dans cette stratégie de développement durable.

Quel est le lien entre économie et écologie, en particulier pour la France et l’Inde ?

On a longtemps considéré que l’économie et l’écologie étaient opposées l’une à l’autre. C’est à dire que l’écologie représentait un coût de production ; mais on se rend compte aujourd’hui que nous vivons la réconciliation entre l’écologie et l’économie. Ca veut dire concrètement que si on méprise l’écologie on le paye très cher, y compris sur le plan économique. Et ca veut dire aussi que dans la nouvelle économie climatique, dans la croissance verte, elle trouve le potentiel de développement économique le plus important. Que ce soit dans le domaine des transports propres, des energies renouvelables, du traitement et de la transformation des déchets, dans l’efficacité énergique des bâtiments et bien sûr dans tout ce qui concerne l’agriculture et la santé.

Concrètement comment l’ASI vat-elle aider les pays ? Quels sont les grands projets ? Et pourquoi les petits et moyens projets sont-ils importants ?

L’ASI a déjà commencé a aider les pays dans le cadre notamment de l’appel à projets, une centaine de projets nous sont remontés. L’engagement de l’ASI se fait à plusieurs niveaux : accompagner pour finaliser techniquement le projet, dans le pilotage et dans la recherche de financement du projet.

Dans le contexte actuel, ce sont clairement les grandes installations qui sont rentables. Les petites installations – qui sont pourtant si importantes pour la vie quotidienne – ont du mal à se développer parce qu’elles ne sont pas tout de suite rentables. Pour rendre ces petites installations rentables, il faut en faire beaucoup et par conséquent il faut que les pays s’unissent pour faire un marché rentable de petites installations.

Par example, si dans un village on installe dix pompes solaires, cela va coûter plus cher que si on lance un appel à projet aux entreprises pour 100 000 pompes solaires. Le prix va irrémédiablement baisser puisque l’ASI va s’assurer du sérieux des entreprises et on pourra imposer en contrepartie de ce marché, l’obligation pour les entreprises d’assurer la maintenance et l’entretien des installations ainsi que la formation professionnelle de celles et ceux qui vont y travailler.

Finalement, l’Alliance solaire c’est véritablement « l’union fait la force » en quelque sorte. Et ce qui me parait vraiment très important et sur ce quoi je vais être extrêmement vigilante, (pour avoir vu des équipements solaires à l’abandon ou en panne en Afrique), c’est de s’assurer de la prise en charge par les entreprises, de l’entretien et de la formation professionnelle sur les territoires concernés.

Sur les 1 000 milliards de dollars prévus, quels engagements ont-ils déjà été pris au niveau des investisseurs privés et des bailleurs de fonds ?

Les investisseurs privés vont prendre des engagements pendant le sommet de Delhi. Mille millard sont prévus c’est vrai,et maintenant il faut mettre les bailleurs de fonds devant leurs responsabilités. Nous leur apportons les projets et c’est à eux maintenant d’assurer le financement.

L’ASI est réservée aux États entre les tropiques du Cancer et du Capricorne mais d’autres pays ont montré leur intérêt, quelles seraient les possibilités de développements de l’ASI ?

Effectivement, il y a déjà, autour de l’équateur, 121 pays concernés, il y en a 56 qui ont signé l’Alliance solaire, c’est un potentiel extrêmement important et en ce qui concerne les autres pays intéressés, ils pourront adhérer à l’Alliance solaire dans le futur.

En quoi consistera le grand sommet du 11 mars à Delhi ? Quels sont les objectifs, les attentes côté français et indien ?

Le sommet du 11 mars va réunir les représentations des 56 pays et une vingtaine de chefs d’États. Il sera coprésidé par le président français et le Premier ministre Modi. L’objectif est à la fois de consolider la robustesse de l’ASI, et d’autre part de délivrer un certain nombre de décisions, notamment l’engagement de financer tous les projets retenus par l’ASI d’ici la fin de l’année. Pour terminer je voudrais dire, comme je l’ai écrit dans mon livre sur la justice climatique, que la question de l’accès des pays les plus chauds – qui sont souvent également les pays les plus pauvres – à l’énergie solaire, ce n’est que justice. Parce que cela aurait dû être fait depuis longtemps, donc il faut rattraper ce temps perdu. Et je pense tout particulièrement aux familles dans leurs maisons, leurs quartiers, leurs villages, leurs exploitations agricoles qui attendent avec impatience cette énergie solaire qui va leur permettre de mieux produire et de mieux vivre.

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