Le conflit religieux explosif d’Ayodhya tranché par la Cour suprême

Attribution d’un terrain disputé depuis des décennies

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November 11, 2019

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Ce conflit a cristallisé les tensions entre hindous et musulmans et empoisonne l’Inde depuis des décennies, en déchaînant la violence des extrémistes. La Cour suprême a, ce samedi 9 novembre, rendu son verdict sur l’attribution de la propriété foncière de ce site très convoité d’Ayodhya, également connu sous les noms Ram Janmabhoomi / Babri Masjid, pour lequel hindous et musulmans se sont tant déchirés.

En effet, les procédures judiciaires liées au site et à son utilisation ont commencé dès 1885 et ont été ensuite nombreuses, tout comme les actions des militants, telle que l’installation illégale en 1949 d’une idole de Ram sur le site.

Des groupes hindous considèrent que ce terrain sacré d’1,1 hectare, situé dans l’État d’Uttar Pradresh, serait le lieu de naissance du dieu Ram, et souhaitent y construire un temple qui lui serait dédié. Une revendication qui a pris de l’ampleur en particulier depuis les années 1980 avec le Bharatiya Janata Party (parti nationaliste hindou aujourd’hui au pouvoir) qui a commencé à la brandir comme symbole et promesse électorale. Cela a abouti à une attaque par des extrémistes hindous pour démolir la mosquée Babri du XVIe siècle qui s’y trouvait, le 6 décembre 1992, avec des émeutes engendrant des violences intercommunautaires, causant la mort de plus de deux mille personnes.

Une procédure fleuve où le dieu Ram lui-même est partie civile

Les parties civiles hindous, dont fait partie le dieu Ram lui-même, arguent non seulement qu’il s’agirait du lieu de naissance du dieu Ram mais également qu’il aurait existé un temple hindou auparavant et qu’il aurait été rasé par l’empereur Babur, fondateur de l’Empire moghol, pour construire la Babri Masjid en 1528, point que réfute les parties civiles musulmanes.

Après l’échec d’une tentative de médiation, conclusion d’un procédure fleuve devant la Cour suprême dont l’audience s’est étalée sur quarante jours, soit la deuxième plus longue audience de son histoire, cette décision mettra-t-elle un terme à ce conflit historique qui dure depuis des décennies ?

D’aucuns craignent des troubles, mais cette fois, des mesures de sécurité avaient été prises en amont, notamment avec un renforcement des forces de l’ordre avant l’annonce de la décision, la fermeture des établissements scolaires et universitaires, ou encore des interdictions de rassemblement dans différentes régions.

Un partage infaisable pour le « maintien de l’ordre, de la paix et de la tranquillité »

La Cour suprême a cassé le jugement de la haute cour d’Allahabad de septembre 2010 qui avait attribué un tiers du terrain aux hindous du Nirmohi Akhara, un tiers à Ram Lalla, soit au dieu Ram, et un tiers au Sunni Waqf Board, représentant les musulmans, considérant qu’il « défiait toute logique » et en invoquant notamment le « maintien de l’ordre, de la paix et de la tranquillité ».

Les cinq juges de la Cour suprême, sous la houlette du juge en chef Ranjan Gogoi, ont décidé, à l’unanimité, de confier le terrain à un trust, que le gouvernement doit constituer dans les trois mois, pour y construire un temple hindou et de donner un terrain de 2 hectares « sur un emplacement de choix » à Ayodhya, pour la construction d’une mosquée, choisissant donc le chemin de la compensation plutôt que de la restitution, comme le remarque l’avocat à la Cour suprême Rakesh Dwivedi dans The Economic Times. En effet, dans ses conclusions le collège de juges considère la destruction de la Babri Masjid de 1992 comme une sérieuse violation de l’État de droit, et que si celle-ci a été construite sur un terrain sur lequel a existé une autre structure non-islamique, on ne peut pas déterminer si un temple a été détruit pour construire cette mosquée.

Narendra Modi a applaudi le jugement considérant que « ce verdict va accroître encore la confiance de la population dans les processus judiciaires ». Mais le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Shah Mehmood Qureshi, a, quant à lui déclaré que le jugement plongeait « les musulmans d’Inde dans l’incertitude et les expose à un manque de sécurité et de protection ».

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