Period. End of Sentence. récompensé aux Oscars

Les règles de la liberté

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March 7, 2019

/ By / Delhi

Extrait du documentaire Netflix Periods. End of Sentence.

Extrait du documentaire Netflix Period. End of Sentence.

Tonnerre d’applaudissements pendant les Oscars lors de l’annonce du prix du meilleur documentaire. Après les retentissements de l’affaire Weinstein et de #MeToo au sein du monde du cinéma, c’est le tabou des règles qui a été reconnu lors de la cérémonie, grâce au documentaire Period. End of Sentence (« Les règles de la liberté »). « Je ne pleure pas parce que j’ai mes règles, ou quoi que ce soit. Je n’arrive pas à croire qu’un film sur les menstruations vient juste de gagner un Oscar ! » déclarait, lors de la cérémonie, avec beaucoup d’émotions, Rayka Zehtabchi, la réalisatrice du film.

Ce documentaire revient sur le tabou autour des règles dans les villages ruraux indiens. On y voit ainsi, dans le village de Kathikhera, à 60 km de Delhi, une vieille femme expliquant à une jeune fille que les règles sont « du mauvais sang » envoyé par les dieux, trois garçons ne savant pas ce que sont les menstruations, ou ces femmes, utilisant des tissus sales comme serviettes hygiéniques et mettant ainsi leurs vies en danger chaque mois pour ne pas avoir à se confronter aux regards des autres.

Le court-métrage apporte un vent de renouveau. Pas de liquide bleu pour remplacer le sang, ou de femme allant faire son jogging, souriante, comme dans l’une des nombreuses publicités pour tampons ; ici, les femmes du village ont le droit à un véritable cours sur les règles pour pallier le manque d’information auquel elles font face. Beaucoup ont honte d’évoquer leurs règles, ou ne savent tout simplement pas ce dont il s’agit réellement avant cette séance éducative. Un projet naît alors : toutes ensemble elles décident de faire leurs propres serviettes hygiéniques.

Ce projet est rendu possible grâce à un homme, Arunachalam Muruganantham, dont l’histoire est expliquée dans le film Pad Man (de R. Balki, 2018), nom sous lequel il est désormais connu. Il est à l’origine d’une machine de fabrication de serviettes hygiéniques bon marché, qui a permis l’accès à des méthodes hygiéniques face aux menstruations dans l’Inde rurale. Le projet qu’il a lancé, le « Pad Project », permet aux villages ruraux, une fois dotée de la machine, de créer sa propre usine de serviettes hygiéniques et de les vendre dans les villages alentour, dans lesquelles ils font également de la sensibilisation. Au-delà de la démocratisation des protections hygiéniques, ce projet signifie beaucoup pour les femmes qui désormais arrivent sur le marché de l’emploi, où les hommes sont majoritaires. Elles gagnent, en plus de leur sécurité et d’un salaire propre, un nouveau rôle social vis-à-vis des hommes, dont le regard évolue tout au long du documentaire.

Si les résultats sont prometteurs, beaucoup reste à faire. Selon l’enquête nationale sur la santé de la famille 2015-2016, réalisée par le ministère de la Santé et du Bien-être familiale, 42% des 15-24 ans utilisent des serviettes, et seulement 58% des femmes ont recours à des méthodes hygiéniques pour gérer leurs règles. Mais ces défis n’arrêtent pas Arunachalam Muruganantham, qui a réagi à l’oscar : « Lorsque j’ai commencé mes recherches [en 1998, ndlr], à peine 5% du pays utilisait des serviettes hygiéniques. Aujourd’hui, ça a déjà augmenté de 35%. » « Après l’Oscar, la responsabilité de mon équipe et de moi-même du développement de l’hygiène menstruelle en Inde est plus importante. Chaque récompense est un avertissement pour nous, pour devenir plus efficaces. Dans l’entrepreneuriat social, chaque jour est mon premier jour » a-t-il conclut. Il mène ainsi un combat sans relâche afin de rétablir, pour les femmes, une liberté sans contraintes, ni règles.

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