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Pourquoi la Force n’est pas avec Star Wars en Inde

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February 19, 2016

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Le dernier film de la série La guerre des étoiles, « Star Wars, Le réveil de la Force », est un gigantesque succès mondial, en particulier aux Etats-Unis, en Europe, au Japon, ou même en Chine. Mais l’Inde résiste au pouvoir de la Force, le film ayant été largement distancé par des grosses productions indiennes.

« Star Wars, le Réveil de la Force », sorti en décembre dernier, lance encore ses derniers rayons lumineux au box-office mondial mais s’est vite essoufflé en Inde, où il n’est pour ainsi dire plus à l’affiche.

Le film de J.J. Abrams, inspiré de la mythologie moderne imaginée par George Lucas, a dépassé les deux milliards de dollars de recettes dans le monde, se classant troisième plus gros succès de tous les temps, en dollars courants, derrière deux films de James Cameron, « Titanic » (2,18 milliards de dollars) et surtout l’indétrônable « Avatar » (2,78 milliards).

Il approche le milliard de dollars de recettes aux Etats-Unis, un record, et reste une valeur sûre en France, avec plus de 10 millions d’entrées. La Chine a aussi fêté le film produit par Lucasfilms, filiale de Disney, avec près de 130 millions de dollars récoltés.

Pourtant, comme dans Astérix, où le village gaulois se joue des légionnaires romains, il est un grand pays du cinéma qui résiste à l’envahisseur : l’Inde, sixième marché mondial en volume de recettes mais premier en nombre de films produits. Ce Star Wars n’y pas dépassé les 5 millions de dollars de recettes, selon les derniers chiffres disponibles sur le site internet Box Office Mojo. Une paille pour un pays de 1,3 milliard d’habitants, bien souvent cinéphiles. Pas non plus en Inde de déferlante de produits dérivés, comme partout ailleurs, pour remplir les coffres de Disney.

Les chevaliers Jedi ont été terrassés notamment par deux grosses productions de Bollywood : « Dilwale » de Rohit Shetty, une comédie romantique avec le couple star Shah Rukh Khan et Kajol ; et « Bajirao Mastani », une fresque historique de Sanjay Leela Bhansali, avec deux autres superstars indiennes, plus jeunes, Ranveer Singh et Deepika Padukone.

Quelle idée de sortir Star Wars face à ces poids lourds se sont dit la plupart des critiques. Sauf que Disney n’avait guère le choix, privilégiant une sortie groupée et quasi mondiale, pour concentrer sa puissance promotionnelle et surtout limiter les risques de piratage.

Mais il y a une autre raison, plus technique, à ce modeste score en Inde de « Star Wars, Le réveil de la Force ». Disney a eu beau le distribuer à sa sortie sur 1230 écrans, en anglais, en hindi, tamoul et telugu, il ne l’a projeté en réalité qu’essentiellement dans des cinémas multiplexes qui acceptent les fichiers numériques de projection de type DCI. Une norme de fichier standardisée, destinée à éviter, là encore, le piratage.

Cela laisse un boulevard pour les films indiens dans la plupart des régions d’un pays encore dominé par des cinémas locaux, souvent dotés d’un seul écran. Même si, comme partout, le multiplexe à pop corns gagne du terrain.

Des mythes à revendre

Dernière raison, et non des moindres, à ce non-évènement, les Indiens ne sont pas traditionnellement d’ardents fans de Star Wars, comme les Américains ou même les Japonais. Les précédents épisodes de la saga qui a fait ses débuts en 1977 n’y ont jamais été que des succès modestes. Ils réalisent l’essentiel de leurs scores en langue anglaise, auprès d’un public urbain et plutôt d’initiés. Côté Hollywood, le grand public indien a mieux accueilli dernièrement les dinosaures de « Jurassic World » et les bolides de « Furious 7 », deux films qui ont dépassé les 20 millions de dollars de recettes dans le pays.

Star Wars se veut pourtant plus qu’un film de sauriens ou de grosses cylindrées, une véritable saga universelle. George Lucas l’a construite en ayant bien en tête le livre de l’universitaire américain Joseph Campbell, « Le héros aux mille visages» (1949). Dans cet essai de mythologies comparées, Campbell explique comment chaque grande histoire, de « L’Iliade » du Grec Homère aux « Trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas, est construite sur des ingrédients mythiques universels, comme la quête d’identité du héros ou bien son voyage initiatique face à l’adversité.

Lucas a aussi brassé large en terme de références, mélangeant, à la sauce galactique, les genres – western, film d’aventure, de guerre, de cape et d’épée… – comme les motifs visuels : casque de samouraï, uniforme de type nazi, monstres mythologiques…

Seulement voilà, l’Inde est déjà un pays de récits épiques et millénaires, brassant les mythes, comme ceux du « Ramayana » et du « Mahabharata ». Et visuellement son cinéma-continent se nourrit aussi de mille influences, avec un produit unique, le film Masala où l’on fait tout, même danser et chanter, ce qui n’est pas franchement le cas dans Star Wars, ou alors de manière furtive.

L’Empire Disney peut se consoler en pensant qu’il pourra faire mieux aux nombreux prochains épisodes déjà programmés de Star Wars. Lentement mais sûrement, Hollywood gagne du terrain en Inde. Les Américains n’y réalisent encore que moins de 10% des recettes totales, dans un marché cinématographique écrasé par les productions locales. Mais c’est deux fois plus qu’il y a cinq ans.

Il faut se méfier : dans tout bon Star Wars, toujours, l’Empire contre-attaque.

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