Le khadi, devient glamour

Du Mahatma Gandhi au défilé de mode

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Tendances

October 29, 2015

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Indes

Janvier-Fevrier 2015

galymer

Symbole du mouvement pour l’indépendance de l’Inde emmené par le Mahatma Gandhi, le khadi trouve désormais sa place dans les défilés de mode les plus sophistiqués.

Faux gandhiens et vrais yuppies, fashionistas et « bobos » tendance écolo-chic… Depuis longtemps, les adeptes du khadi ne se recrutent plus dans les rangs des plus démunis, où l’on préfère souvent la fibre synthétique. Ni même dans les campagnes. L’étoffe emblématique du « Swadeshi Movement » du Mahatma Ghandi, qui en tissait des mètres dans son ashram d’Ahmedabad, est devenue glamour et plus que jamais urbaine. Entre les mains des grands couturiers, le khadi a pris des formes et des couleurs. Cécile d’Ascoli, une styliste française installée à New Delhi, se flatte de n’utiliser que des étoffes « tissées à la main dans des villages indiens à partir de coton cultivé dans de petites exploitations familiales ». Elles sont souples et douces au toucher et les couleurs choisies par Cécile n’ont rien de triste ni d’austère. « Ce vêtement est spécial, il a été tissé dans un village, ce qui fait que le processus de création, du début jusqu’à la fin, du coton au vêtement, est de nature rurale », explique-t-elle inlassablement à sa clientèle. Le couturier Gaurang Shah a lui aussi pour clientes ce que les revues de mode appellent les « ethnic fashionistas ». Ses modèles sont colorés, les coupes sont souvent traditionnelles,tels ses longs kurtas anarkali (longues tuniques ajustées jusqu’à la taille et à la base très ample). Il lui arrive d’agrémenter ses créations en khadi de soie ou d’organdi.

Récemment, il a cependant élargi sa palette à des modèles de type occidental, donnant un nouveau souffle au khadi.Même si, il y a deux ans, ses défilés de mode 100% khadi à la Berlin Fashion Week et à la New York Fashion Week, avaient remporté un franc succès. Il reconnaît, lui aussi, que la perception qu’ont aujourd’hui les gens de ce tissu très humble à l’origine,a complètement changé. Les tisserands aussi se sont adaptés, affirme-t-il.

« Lorsque j’ai commencé à travailler avec eux il y a une dizaine d’années, ils ne produisaient que des étoffes ordinaires, avec de petites bordures, le tout n’était pas très séduisant. C’était le genre de saris que portaient des femmes de 60 ou 70 ans. Mais à présent, avec l’aide des designers, les tisserands essaient de nouvelles techniques, de nouveaux motifs et de nouvelles couleurs », confiait-il récemment à l’agence de presse IANS. Ajoutant : « On n’est pas obligés de cantonner le khadi à la confection d’anarkalis ou de ghagras (jupe traditionnelle essentiellement portée au Rajasthan), on peut aussi faire des robes longues et un tas d’autres choses. Tout est possible avec le khadi. De surcroît, c’est un tissu beaucoup plus résistant que les autres ». Selon lui, il est par exemple une excellente alternative au crêpe georgette et à la mousseline.

Développer les zones rurales

Au nombre des designers qui ont contribué à donner ses lettres de noblesse au khadi, Wendell Rodricks, Ritu Kumar, Sabyasaachi Mukherjee, Rahul Mishra et Anand Kabra. Tous l’utilisent dans la confection de jupes, tuniques, pantalons. Voire pour de la lingerie.

Si les designers s’en donnent à coeur joie, les magasins qui proposent du khadi se frottent les mains eux aussi. Ainsi de la grande chaîne nationale Fabindia, spécialisée dans l’artisanat, qu’il s’agisse d’ameublement ou de prêt-à-porter. « L’intérêt pour le khadi s’est considérablement accru. L’offre des produits est plus large et les amateurs de ce genre de tissu sont plus nombreux. Au cours des cinq dernières années, on peut dire que le marché du khadi a triplé, il grossit plus vite que les capacités de production », affirme Anuradha Kumar, créatrice chez Fabindia. En termes économiques, l’enjeu est plus important qu’il n’y paraît. L’ensemble des industries artisanales traditionnellement basées dans les villages représentent le premier employeur en Inde. Il y va donc du développement des zones rurales les plus reculées du pays.Et c’est crucial à l’heure où les tisserands n’ont pas la vie très belle. Beaucoup admettent que leurs enfants se refusent à reprendre le métier à tisser ancestral, préférant aller chercher fortune ailleurs. L’appel lancé par Narendra Modi lors de sa première adresse radiophonique à la nation, en octobre dernier, a donc été le bienvenu. Le nouveau Premier ministre a exhorté ses concitoyens à acheter au moins un produit khadi. « Vous possédez sans doute tous des tas de vêtements en tous genres. Mais est-ce que l’on ne peut pas en avoir un en khadi ? Au moins un… Ce peut être une chemise, mais aussi une serviette, un mouchoir, n’importe quoi », avait insisté Modi dans la première émission « Man ki Baat » (La parole qui vient du coeur).

Il a été entendu puisqu’un mois plus tard, les ventes avaient progressé de 125%. Si l’on peut se procurer un article tout simple en khadi pour environ 80 roupies (un peu plus d’1 euro), dès que l’on achète chez les designers, une simple écharpe peut atteindre 4 000 roupies (dans les 50 euros). La rançon de la gloire.

Origine Protégée

Alors qu’il gagne en popularité en Inde et hors des frontières, le khadi, qui est somme toute assez facile à copier, pourrait se voir attribuer l’Appellation d’Origine Protégée. Une association de juristes indiens défenseurs de la propriété intellectuelle vient en effet de demander que le khadi soit reconnu produit exclusivement indien.
La requête a été déposée auprès du Geographical Indications Registry de Chennai (Tamil Nadu, sud).

Il s’agit de protéger le khadi de toutes formes de contrefaçons et de faire en sorte qu’il soit reconnu comme un tissu en coton exclusivement tissé à la main en Inde. Il est à noter que le khadi est la seule matière pouvant être utilisée pour confectionner le drapeau national indien, en vertu du Flag Code of India adopté en 2002.

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