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Le sanskrit, une langue classique et un joyau mondial

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March 4, 2016

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Bibek Debroy explique l'importance du sankrit et sa riche histoire devant un parterre attentif à l'Unesco

Bibek Debroy explique l’importance du sankrit et sa riche histoire devant un parterre attentif à l’Unesco

La délégation permanente de l’Inde auprès de l’UNESCO a organisé une conférence autour du « Sanskrit, une langue au-delà du patrimoine classique », avec, pour invité d’honneur le Dr. Bibek Debroy, indianiste, économiste et membre de la prestigieuse NITI Aayog (Institution nationale pour transformer l’Inde). Une façon de montrer, à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, que le sanscrit reste bien une langue vivante, en Inde, mais aussi ailleurs dans le monde, grâce à de nombreuses connexions linguistiques et culturelles.
 
Le programme à l’UNESCO à Paris s’est déroulé en deux parties. Le matin, une conférence a réuni le Dr Debroy et le Dr Daniel Negers, de l’Institut national de langues et civilisations orientales (Inalco), à Paris. Elle a permis de présenter les nuances et la riche diversité du sanskrit à un public international de diplomates, personnel de l’UNESCO, indianistes, universitaires, personnalités françaises, Indiens de Paris et journalistes.

La discussion a été animée par Christopher Moseley, expert linguiste, ancien journaliste de la BBC et également rédacteur en chef de l’Atlas UNESCO des langues du monde en péril. Il a souligné la nécessité de préserver le sanskrit comme joyau du patrimoine culturel mondial.

Le sanskrit, – le mot signifie «pur», «raffiné», – est l’une des plus anciennes langues indo-européennes et remonte, dans sa forme védique, au deuxième millénaire avant Jésus-Christ. Il s’agit de la première langue sacrée de l’hindouisme, également utilisée dans d’autres religions: le bouddhisme, le sikhisme ou le jaïnisme. On retrouve le sanskrit dans de nombreux textes sacrés, poétiques, scientifiques ou littéraires, comme la célèbre épopée du Mahabharata.

Le sanscrit, l’une des 22 langues officielles de l’Inde, est encore utilisé comme une langue de cérémonie dans l’hindouisme. Les bouddhistes chantent aussi des hymnes sanskrits. Ce n’est pas une langue morte : elle est toujours parlée et utilisée pour converser par des dizaines de milliers de personnes en Inde.
Daniel Negers, spécialiste du Telugu, a souligné l’influence du sanskrit dans cette langue de l’Inde du Sud, notamment dans les chants poétiques populaires.

Bibek Debroy a expliqué à Media India Group pourquoi le sanscrit restait si important: «C’est une tradition très ancienne, qui constitue un trésor de connaissances. Elle fait partie d’une histoire et d’une culture. Il dispose d’un corpus incroyablement large de textes qui sont liés aux religions, – non seulement l’hindouisme, mais aussi, par exemple, le bouddhisme, – et qui sont aussi liés à la littérature. C’est une langue qui sert de moyen de communication entre les gens en Inde depuis des années et des années et qui est encore une langue vivante. Selon mes estimations, je dirais que 100.000 personnes parlent ou comprennent encore le sanskrit, sous une forme ou sous une autre. Il faut également bien garder à l’esprit que bon nombre de pratiques centrées autour de la religion, les mantras, les hymnes, les rituels, sont tous en sanskrit. Il y a donc de très nombreuses personnes qui comprennent en réalité le sanskrit, même si elles ne conversent pas dans cette langue quotidiennement. »

Récital poétique

L’enjeu est à présent de préserver cette langue et de bien l’enseigner, a ajouté Bibek Debroy. « Ces cinquante dernières années, nous avons perdu en familiarité avec le sanskrit. Il y a deux raisons pour lesquelles le sanskrit n’est pas bien davantage enseigné ou appris. La première concerne la qualité de l’enseignement. Les manuels et les professeurs ne sont pas si bons. Vous devez aussi apprendre une langue en conversant et pas seulement en mémorisant la grammaire, qui est la manière dont on enseigne le sanskrit. La seconde raison est que le sanscrit doit être enseigné en sanskrit. Mais aujourd’hui, il est enseigné dans d’autres langues. »

Il est indispensable de considérer le sanskrit comme une langue vivante, mais aussi comme un vecteur culturel qui a influencé bien d’autres cultures à travers l’Asie et dans le monde entier, et vice-versa. « Le sanskrit a influencé l’évolution de langues non seulement en Inde mais ailleurs en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est. Par exemple, la devise nationale du Népal est en sanskrit. Dans l’autre sens, des mots d’autres langues, que ce soit le persan, l’arabe ou le grec, se sont fondus dans le vocabulaire sanskrit et l’ont ainsi enrichi, ce qui devrait être le mécanisme propre à toute langue vivante», a expliqué Bibek Debroy.

Pour bien illustrer l’influence mondiale du sanskrit, indépendamment de tout usage à vocation commerciale, un autre événement a été organisé conjointement dans la soirée par la Mission indienne à l’UNESCO et par celles du Bangladesh, de la Chine, la Grèce, l’Iran, l’Indonésie, la Lituanie, la Malaisie, le Nigeria, l’Arabie Saoudite et la Turquie. Il s’agissait de « Célébrer la diversité linguistique et culturelle», avec un riche panorama des présentations culturelles et artistiques de ces pays, ainsi que par la présence de personnalités venues spécialement à cette occasion, comme le ministre des Affaires culturelles du Bangladesh, Asaduzzaman Noor.

Bibek Debroy a donné un récital de poésies en sanskrit, une première à l’UNESCO. Mais ce ne sera probablement pas la dernière occasion de célébrer une langue qui a touché le public par sa résonance mélodieuse et profonde.

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