Cinemawala de

Kaushik Ganguly

Cinema

October 27, 2015

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Chotoder Chobi, autre film à succès de Kaushik Ganguly

Chotoder Chobi, autre film à succès de Kaushik Ganguly

Ce film nostalgique rend hommage aux amoureux du cinéma. Quitte à noircir à outrance ce qu’est devenu aujourd’hui le septième art.

Dans un petit village proche de Calcutta, on assiste à la déliquescence d’un vieil homme, Pranabendu Das, directeur d’une antique salle de cinéma dotée d’un seul écran et de son employé projectionniste Hari, tous deux amoureux fous de cinéma. Retranchés dans un petit bureau couvert d’affiches et de souvenirs des grandes heures du cinéma bengali, ils observent et commentent un monde qui a évolué trop vite et qu’ils ne comprennent plus. Un monde dans lequel le propre fils de Pranab cherche à trouver sa place en s’émancipant de la tradition familiale et en vendant des DVD de contrefaçon à un public avide d’un cinéma facile, regardé à la sauvette.

Hommage au cinéma

Le film du réalisateur bengali Kaushik Ganguly est d’abord un vibrant hommage aux passionnés du cinéma des années 1950… Aux réalisateurs, producteurs, acteurs autant qu’aux petites mains dévouées, techniciens ou projectionnistes qui ont consacré leur vie au septième art et à la bobine dans des conditions souvent difficiles.

Pour les personnages du film, ce cinéma signifiait espoir et évasion. Dans l’Inde marquée par la partition de 1947, Pranabendu Das trouvait le moyen d’oublier ou de sublimer une vie dure faite d’épreuves et de souffrances. Ces histoires et ces acteurs charismatiques permettaient de s’extirper un temps du quotidien difficile et transformaient la réalité triviale en un univers beau, exaltant tous les sens. Hari, le visage collé à son projecteur, se remémore le son des bandes crantées sur les bobines du projecteur dont la lumière laissait apparaitre la poussière voletant dans l’étroite pièce où sa vie s’est écoulée, le son caractéristique de ces films en noir et blanc où chaque prise était réfléchie. Pour Pranab, les séries de photos collées à l’entrée du cinéma annonçant le film avant la projection, participaient à cette délicieuse attente. Puis venait le moment pour la foule respectueuse d’entrer en silence pour chercher sa place, le temps pris à savourer chaque image qu’on ne verrait qu’une fois et, enfin, les commentaires entre spectateurs à la fin du film ; cette sensation d’avoir partagé quelque chose de fort et de former une communauté grâce au cinéma.

Mais le vieil édifice est désormais en ruines et l’ancien propriétaire et son fidèle employé trop usés pour s’en occuper. Pourtant, ces deux êtres indissociables et particulièrement attachants se retrouvent tous les jours dans le petit bureau au 1er étage du bâtiment, un rythme immuable pour rejouer une vie qui n’existe plus…

En serviteur dévoué, Hari cherche à apaiser Pranab qui se sent trahi par son fils qu’il ne comprend pas.

Deux générations

Car cette nostalgie cinématographique, c’est aussi l’illustration d’un écart béant entre deux techniques, deux rapports au septième art, deux générations. Le père ne comprend pas son fils unique, Prakash, avec qui il est en conflit ouvert. Ce dernier tente de s’émanciper des traditions familiales et cherche à construire par lui-même un avenir différent pour son couple et son futur bébé.

Sur les marchés de Calcutta, il se lance dans la vente de DVD copiés illégalement. Dans son village, à l’occasion de la fête annuelle, il installe une salle de cinéma temporaire de bric et de broc pour projeter, sans aucun permis, des films commerciaux copiés. La vente des billets lui rapporte beaucoup d’argent et le public se presse dans une ambiance festive.

Le contraste est saisissant entre la vieille salle fatiguée aux beaux fauteuils de bois et ce terrain vague garni de palissades en ferraille, où s’entassent des chaises en plastique sales, des monceaux d’ordures et un drap blanc en guise d’écran… Le public se pousse, mange et crie et le film plus commercial qu’artistique est vécu comme un pur divertissement populaire.

Le jeune homme se saisit des occasions qui s’offrent à lui pour se construire et gagner de l’argent quitte à agir malhonnêtement et à manquer à son devoir de respect et de protection vis-à-vis de son père.

Pourtant, malgré ces divergences irréconciliables, le père a d’une certaine façon transmis sa passion à son fils. Finalement, ils sont tous les deux devenus des « cinemawalas », des passeurs d’images …

La fin tragique dévoile la vision définitivement pessimiste et nostalgique du réalisateur. Peut-être est-ce le seul bémol du film qui, en voulant mettre en avant la beauté de l’art cinématographique et de ses héros de l’ombre, noircit à outrance le présent dans une dichotomie un peu redondante.

Mais porté par le jeu de deux grands acteurs, Paran Bandyopadhyay le père, Parambrata Chatterjee, le fils, « Cinemawala » permet de replacer le cinéma indien dans son contexte.

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