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L’ambassadeur de l’Inde en Guadeloupe avec le Gopio

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March 2, 2016

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Indes

mars-avril 2016

 L’ambassadeur de l’Inde en France, Mohan Kumar, a rendu hommage, invité par le Gopio, aux engagés indiens de Guadeloupe, au mémorial de Capesterre-Belle Eau

L’ambassadeur de l’Inde en France, Mohan Kumar, a rendu hommage, invité par le Gopio, aux engagés indiens de Guadeloupe, au mémorial de Capesterre-Belle Eau

L’ambassadeur de l’Inde en France, Mohan Kumar, s’est rendu pour une visite de trois jours en Guadeloupe, aux Antilles françaises, pour renforcer les liens économiques, très prometteurs, entre l’île et l’Inde. Il a aussi rendu hommage, invité par le Gopio, aux engagés indiens de Guadeloupe et souligné la grande vitalité de cette communauté d’origine indienne dans cette région français d’Outre-Mer.
 
Un moment d’émotion, pour rappeler les liens historiques et humains essentiels unissant l’Inde et les habitants d’origine indienne vivant en Guadeloupe : l’ambassadeur de l’Inde en France, Mohan Kumar, a participé la semaine dernière à une rencontre protocolaire à Capesterre-Belle Eau, au mémorial dédié aux engagés indiens de Guadeloupe. L’événement était organisé par le Gopio (Global Organisation of People of Indian Origin, l’Organisation mondiale des personnes d’origine indienne) Guadeloupe.
 
Le président du Gopio Guadeloupe, Michel Narayaninsamy, a évoqué, avec émotion, dans son discours les conditions dramatiques dans lesquelles ces engagés indiens sont arrivés sur l’île. Entre 1854, sous Napoléon III, et 1889, à l’époque colonialiste de la Troisième République, 93 convois de bateaux ont transporté 42873 d’entre eux, dont 1680 sont morts lors de la périlleuse et éprouvante traversée de près de trois mois.

Cette main d’œuvre avait officiellement pour tâche de relancer la production de cannes à sucre après l’abolition de l’esclavage en France en 1848. « Dans les faits, il s’agissait pour les planteurs de garantir la pérennité de la production et aussi de freiner les velléités revendicatives naissantes des Nouveaux Libres », ces anciens esclaves, explique Michel Narayaninsamy.

Ces travailleurs recrutés en Inde, dans la partie française et britannique d’alors, après un accord entre les deux puissances coloniales, ont été victimes de racisme, d’une exploitation systématique et de conditions de vie et de travail dramatiques. A tel point que les autorités britanniques, puis leurs homologues français, ont décidé de mettre fin à ce mouvement migratoire, qualifié par des observateurs pourtant endurcis « d’esclavage moderne ».

Cette violence à tous les niveaux à l’égard de ces travailleurs et de leurs familles a eu des conséquences terribles. « Toutes ces souffrances, toutes ces humiliations, provoquèrent la mort prématurée de plus de 25.000 enfants, femmes, et hommes, à l’âge moyen de 32 ans », a rappelé le président du Gopio Guadeloupe dans son discours.

Depuis, les descendants de ces engagés, 54000 personnes d’origine indienne vivent en Guadeloupe aujourd’hui, n’ont cessé de conjurer cet héritage douloureux en développant une communauté solidaire, bien intégrée dans le tissu social mosaïque de Guadeloupe et fidèle à ses racines indiennes, à travers un brassage de cultures, de castes et de religions, représentatif de leurs diverses régions et communautés d’origine en Inde. Mais aussi via un grand dynamisme économique.

Les descendants des engagés indiens, essentiellement des agriculteurs pauvres venus de régions de l’Inde comme le Tamil Nadu, le Bihar ou l’Uttar Pradesh, – à travers notamment les points d’embarquement de Calcutta et Madras, côté anglais, et de Karikal et Pondichéry, côté français, – ont depuis souvent très bien réussi et su forger à travers leur travail et leur sens de l’entrepreneuriat, les outils de leur émancipation réelle et de leur développement. Et ce dans tous les secteurs de l’économie, des transports à l’industrie, en passant par le commerce ou le tourisme.

Des « ambassadeurs non officiels »

C’est en particulier à eux que s’est adressé l’ambassadeur Kumar, qui entend développer les liens économiques très prometteurs entre la Guadeloupe et l’Inde, dans tous les domaines, de l’industrie et l’artisanat au tourisme, en passant par la culture. Il a rencontré lors de sa visite de nombreux entrepreneurs, les membres de la Chambre de commerce et d’industrie de Guadeloupe et des responsables politiques locaux comme le maire de la ville de Pointe-à-Pitre, Jacques Bangou.

L’ambassadeur a aussi tenu une conférence sur les « Opportunités économiques entre la Guadeloupe et l’Inde », à Baie-Mahault. Les enjeux sont doubles : développer les investissements directs d’entrepreneurs indiens sur l’île mais aussi faciliter la venue d’entrepreneurs guadeloupéens en Inde.

Cet ambassadeur parfaitement francophone et francophile a aussi rappelé que le Premier ministre indien, Narendra Modi, « considère la communauté indienne avec gratitude, reconnaissance et respect. »

« Vous êtes les ambassadeurs non officiels de notre pays. Nous respectons votre contribution aux pays dans lesquels vous vivez et nous en sommes fiers. Nous avons décidé de célébrer en Guadeloupe la Journée internationale du yoga, le 21 juin », a-t-il ajouté, s’inscrivant dans la droite ligne de la politique de Delhi visant à s’appuyer sur le dynamisme de sa diaspora, sur la profondeur de son histoire et sur sa diversité.

Du côté du Gopio Guadeloupe, pour renforcer ces liens, Michel Narayaninsamy a demandé dans son discours que l’Inde reconnaisse officiellement l’existence de ces descendants des travailleurs indiens engagés dans tous les départements français d’Outre-Mer, la Guadeloupe, Saint-Martin, la Martinique, la Guyane et la Réunion.

Cette reconnaissance pourrait se traduire, selon lui, par une carte d’OCI (Overseas Citizens of India, Citoyens indiens d’Outre-Mer) accordée aux descendants de ces engagés indiens et par l’ouverture d’un Consulat indien en Guadeloupe.

L’ambassadeur va transmettre la demande concernant le Consulat. Pour obtenir la carte OCI, il s’agit de répondre aux exigences de ce statut et de prouver, via des documents officiels, l’origine en Inde des ancêtres des
travailleurs engagés. Une tâche parfois ardue car les documents, lors d’un « recrutement » qui s’apparentait à un jeu de dupes, sont souvent incomplets, quand ils n’ont pas été perdus dans les dédales de l’histoire.

Créé en 2008, le Gopio a pour but la promotion de la culture indienne à travers la Caraïbe et le reste du monde, le développement des liens entre l’Inde et la diaspora indienne et la recherche des origines des indiens de la Caraïbe en Inde.

Il organise les 20, 21 et 22 mai prochains, à Capesterre-Belle-Eau, dans le cadre des Journées de la Mémoire, le Pio Fest, un festival de danse, musique, cinéma, cuisine, avec également des événements consacrés à l’économie et des formations. Le tourisme sera un thème central du festival, qui sera aussi l’occasion d’inaugurer officiellement le Mémorial aux travailleurs engagés indiens, en présence de personnalités françaises, indiennes et de la diaspora.

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