Le tourisme médical, un fleuron indien en plein boom

Dossier

January 31, 2017

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Indes

janvier-février 2017

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De la transplantation d’organes au traitement du cancer ou aux chirurgies esthétiques et à la neurochirurgie de pointe : l’Inde a fait des pas de géants en matière de services et de soins médicaux, souvent de niveau mondial et à un prix abordable. L’Inde accueille près d’un demi million de touristes médicaux et ils pourraient dépasser les 1,1 million en 2020, attirés par des hôpitaux ultramodernes et par un environnement unique.

L ’Inde a été toujours saluée pour son mélange unique de soins spirituels, psychologiques et physiques, à travers notamment des traditions ancestrales comme l’ayurvéda ou le yoga, dans de très prisés ashrams ou dans des centres de bien-être. Depuis des siècles, le sous-continent a attiré de nombreux étrangers partis à la découverte de cet héritage d’une richesse infinie mais aussi plus généralement de spiritualité et de bien-être.

Autres temps, autres maladies, l’Inde contemporaine accueille aussi de nos jours des patients venus soigner des pathologies chroniques, exigeant des soins et des opérations complexes. Ils peuvent profiter d’hôpitaux ultramodernes, avant tout privés, et de services de santé dispensés par d’excellents professionnels médicaux et aux prix très compétitifs, comparés aux tarifs pratiqués par exemple en Europe et a fortiori aux Etats-Unis.

L’Inde est en voie de devenir une des principales destinations au monde pour le tourisme médical, un pied dans la tradition et les médecines ancestrales et l’autre dans les technologies dernier cri. La dernière étude du cabinet de consultants Grant Thornton prévoit ainsi que le tourisme médical devrait atteindre en Inde un chiffre d’affaires de six milliards de dollars d’ici 2018 et de huit milliards de dollars d’ici 2020.

Une progression fulgurante

Le développement de ce segment particulier est à replacer dans le contexte de la progression fulgurante du secteur des services médicaux en Inde, dans un pays où la croissance annuelle du Produit Intérieur Brut (PIB) dépasse largement les 7% et où une frange croissante de la population dispose du pouvoir d’achat nécessaire pour accéder à des services médicaux de qualité : une des premières aspirations d’une classe moyenne urbaine éduquée.

Selon une étude du cabinet de conseil Deloitte, l’industrie indienne de la santé, qui pèse actuellement déjà plus de 100 milliards de dollars, devrait en effet atteindre les 280 milliards de dollars d’ici 2020, portée par une croissance annuelle à deux chiffres. Le secteur est aussi stimulé par l’augmentation rapide du niveau de vie de la classe moyenne indienne. Rien d’étonnant à ce que les investissements du secteur explosent, à en juger par l’extension ou l’ouverture régulière de nouveaux hôpitaux dans les grandes villes indiennes, avec de véritables « chaînes » privées au niveau national comme Max Hospital, Apollo Hospital, Fortis ou autres Escorts.

Ces acteurs, et d’autres plus spécialisés, ont misé sur le tourisme médical et il y aurait presque un trop plein d’offres : des centaines d’hôpitaux et de cliniques. Pour ces établissements, les patients étrangers présentent plus d’un avantage : ils aident à amortir les installations et les plateaux techniques d’opérations et surtout, ils bénéficient d’un bon pouvoir d’achat, disposés qu’ils sont à payer pour des services de qualité.

Pour attirer davantage les touristes médicaux venus de l’étranger, les professionnels indiens proposent même de joindre l’utile à l’agréable. Ils nouent des partenariats avec des agences spécialisées dans le tourisme médical. Ces dernières organisent non seulement des séjours complets, s’occupant de toutes les formalités comme les visas, le logement, etc…mais aussi très souvent des voyages touristiques en Inde, avant ou après les traitements.

Les patients étrangers bénéficient ainsi très souvent de visites d’agrément, couplées par exemple à des suivis postopératoires ayurvédiques, naturopathiques, ou même de découverte à dimension spirituelle.

Gagner du temps et de l’argent

Les Etats-Unis ou les pays européens, quoiqu’en pointe en matière de médecine, pratiquent souvent des prix prohibitifs qui découragent les patients, surtout ceux qui ne bénéficient pas de bonnes mutuelles sur place. L’Inde s’impose alors comme une alternative moins coûteuse et agréable, également pour des clients venus de la région (Asie du Sud), ou du Moyen-Orient.

Le cabinet Grant Thornton estime dans son étude que le souci d’économie dans les soins ou les opérations est la première motivation des touristes médicaux en Inde : ils sont 80% à citer cette raison essentielle. En Inde, certaines petites opérations,notamment dentaires, coûtent sept à huit fois moins cher qu’aux Etats-Unis ou en Europe, même en incluant les frais liés aux billets d’avion et au logement. Pour des actes chirurgicaux plus importants, l’économie ne se chiffre plus en quelques centaines d’euros mais rapidement en milliers d’euros. Une opération du cœur ouvert dans un des meilleurs hôpitaux indiens, par exemple, peut coûter entre 2 500 et 7 000 dollars, alors qu’aux Etats-Unis, son prix peut dépasser rapidement les 100 000 dollars. Tous types d’opérations confondus, Grant Thornton estime ainsi que les traitements médicaux en Inde coûtent en moyenne ainsi entre 65% et 90% moins cher qu’en Europe ou aux Etats-Unis.

L’Inde ne possède pas seulement un avantage compétitif face à ces pays développés. En matière de tourisme médicale, elle reste aussi moins chère que d’autres destinations en Asie réputées sur ce créneau, comme la Thaïlande ou Singapour. Un pontage gastrique, un lifting, une rhinoplastie ou encore le remplacement d’une hanche et une opération d’un genou en Inde sont ainsi facturées deux fois moins cher en moyenne que dans ces pays concurrents.

En optant pour l’Inde, le touriste médical économise non seulement de l’argent, mais il gagne aussi beaucoup de temps. On peut court-circuiter les listes d’attentes et on bénéficie même souvent d’un très apprécié « zero waiting time », avec un accès direct aux soins, surtout dans le cas des fameux « packages », ces offres complètes. En souvent quelques petites semaines, convalescence comprise, les patients ont tout bouclé et sont déjà repartis chez eux.

De niveau international

Malgré tous les préjugés liés aux soins de santé dans les pays en voie de développement, les hôpitaux et les cliniques privés en Inde sont souvent à l’avant-garde de la technologie médicale, avec de très nombreux médecins formés, au moins en partie, à l’étranger, notamment en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Outre les qualifications requises, cela favorise aussi un bon contact avec les patients étrangers et une proximité linguistique (essentiellement en anglais) et culturelle non négligeable.

L’Inde, une alternative économique- D’après un rapport du cabinet Grant Thornton, les economies financières motivent près de 80% des touristes medicaux

L’Inde, une alternative économique – D’après un rapport du cabinet Grant Thornton, les économies financières motivent près de 80% des touristes médicaux

L’Inde est notamment en pointe dans les traitements cardiologiques, la chirurgie cardio-thoracique et orthopédique, les transplantations d’organes, les greffes de moelle osseuse, les soins dentaires et la chirurgie esthétique. Il n’est pas rare de pouvoir essayer sur place le dernier modèle d’un équipement, par exemple dans l’imagerie médicale, tant ce marché est clé pour les équipementiers internationaux du secteur désireux de s’y implanter.

Les établissements médicaux concernés acquièrent en outre rapidement les accréditations nationales et mondiales indispensables, notamment celles accordées par la JCI (Joint Commission International), pour garantir aux patients une qualité et une sécurité des services de rang international.

En 2005, l’Inde n’avait que deux établissements accrédités JCI. Aujourd’hui, elle en compte 25, notamment à Chennai, Bangalore, Mumbai et New Delhi et le mouvement s’accélère, s’étendant à d’autres acteurs, dans d’autres villes de moindre taille.

Un des Etats indiens en pointe en matière de tourisme médical reste le Kerala (Sud). Il accueille au total près d’un million de touristes par an et, selon Grant Thornton, 30% d’entre eux y viennent pour profiter de traitements médicaux ou ayurvédiques. Et ce n’est qu’un début : le tourisme médical au Kerala a connu une croissance de 20% au cours de l’exercice 2015-2016.

Le tourisme médical en Inde présente aussi un avantage non négligeable pour les patients indiens eux-mêmes : il permet de fixer dans le pays une partie des professionnels de santé, tentés de partir exercer à l’étranger, attirés par de meilleures rémunérations.

Ainsi, grâce au tourisme médical étranger, l’Inde limite les effets préjudiciables d’une fuite des cerveaux (« brain drain ») dans un secteur qui a bien besoin de conserver ses praticiens qualifiés.

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