L’Inde à Cannes

Evènement

May 2, 2016

/ By / New Delhi

Indes

mai-juin 2016

cannes

L’actrice indienne Sonam Kapoor sur le tapis rouge au Festival de Cannes, en 2015

Le festival de Cannes est un incontournable dans la promotion et la reconnaissance internationale d’un cinéma plus indépendant, réaliste et créatif. Pourtant malgré ses 2500 films produits par an, la présence de l’Inde à Cannes fait encore pâle figure.

Malgré ses efforts d’ouverture sur le cinéma indien ces dernières années, la prochaine édition du festival de Cannes ne présentera qu’un seul long métrage indien (le thriller « Raman Raghav 2.0 » d’Anurag Kashyap) pendant la Quinzaine des réalisateurs ; et un court métrage « Gudh » (« Nid »), du jeune réalisateur bengali Saurav Rai, sélectionné par la Cinéfondation.

Pourtant, dès sa première édition en 1946, avec pour objectif de promouvoir les cinémas du monde entier, Cannes avait invité le cinéaste indien Chetan Anand pour son film « La ville basse » (« Neecha Nagar »). Ce n’est que 10 ans plus tard que Satyajit Ray, l’emblème mondial du 7ème art en Inde, a ensuite présenté son premier film à Cannes « La Complainte du sentier », pour lequel il a reçu le Prix du document humain en 1956.

Dans les années 1980, Mrinal Sen, avec « Affaire classée », reçoit un Prix du jury et Mira Nair, la réalisatrice d’origine indienne vivant au Royaume Uni, est récompensée pour « Salaam Bombay! » d’une Caméra d’or. Murali Nair obtient cette même Caméra d’or pour « Le trône de la mort » en 1999. Manish Jha, quant à lui, reçoit le prix du jury en 2002, pour son court métrage « A very, very silent film », tandis que le magnifique film d’animation « Printed Rainbow » de Gintajali Rao et « The Lunchbox » de Ritesh Batra sont récompensés par des prix du public à la Semaine de la Critique en 2006 et 2013. Enfin, l’année dernière, « Maasan », de Neeraj Ghaywan reçoit le prix de l’Avenir, Un Certain Regard et le prix Fipresci de la même section.

La reconnaissance d’Anurag Kashyap

Depuis 2002 et l’énorme succès international de « Devdas », grosse production de Sanjay Leela Bhansali avec l’incontournable Shah Rukh Khan, et de « Lagaan » d’Ashutosh Gowariker, tout deux projetés à Cannes, la Croisette s’intéresse à la Nouvelle Vague du cinéma indien et encourage une meilleure diffusion des films indiens dans l’hexagone.

Petit retour en arrière. En 2012, pas moins de trois films indiens sont réunis à Cannes, également répartis entre la Sélection officielle, avec la section Un certain regard : « Miss Lovely », d’Ashim Ahluwalia, la Quinzaine des Réalisateurs : « Gangs of Wasseypur », d’Anurag Kashyap et la Semaine de la Critique : « Peddlers », de Vasan Bala.

L’année suivante, l’Inde est le pays invité d’honneur du 66 ème Festival de Cannes, pour célébrer le centenaire de son cinéma. Pour l’occasion, une importante délégation de l’industrie cinématographique indienne est présente sur la Croisette. Amitabh Bachchan monte les marches pour le film d’ouverture, « Gatsby le magnifique », de Baz Luhrmann, et l’actrice Vidya Balan est membre du jury.

En reconnaissance de son influence dans ce cinéma indien plus « arty », le réalisateur et producteur Anurag Kashyap est fait Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres par la France. Il faut dire qu’après son film-fleuve, « Gangs of Wasseypur », qui a enthousiasmé les festivaliers l’année précédente, il se présente en 2013 avec quatre films sélectionnés : en tant que réalisateur pour « Bombay Talkies » : Sélection officielle (Séance spéciale) et « Ugly » : Quinzaine des Réalisateurs ; en tant que producteur ou coproducteur pour « Monsoon Shootout » : Sélection officielle (hors compétition), et « The Lunch Box » : Semaine de la Critique.

Anurag Kashyap fait désormais partie des Indiens incontournables à Cannes, aux côtés de stars telles que le patriarche, Amitabh Bachchan, la belle Aishwarya Rai, la fashionista Sonam Kapoor, ou encore l’actrice Freida Pinto, révélée dans « Slumdog Millionaire ».

L’année dernière, deux films indiens ont fait partie de la sélection officielle, à Un certain regard : « La quatrième voie » de Gurvinder Singh et « Maasan », premier film de Neeraj Ghaywan ; deux films d’ailleurs coproduits par la France, grâce aux accords de coproduction signés entre l’Inde et dix autres pays.

« Une fois encore, il faut noter que la plupart des films récents présentés à Cannes et qui ont reçu des Prix, comme « Masaan » ou « Lunchbox » ont été coproduits par la France. Il faut chercher plus loin les nouveaux talents dans les petites régions indiennes qui font un travail remarquable », explique Gabrièle Brennen, cinéaste française et experte de l’industrie cinématographique indienne. « Pour la plus grande industrie cinématographique du monde, c’est assez dommage que d’un point de vue international, son cinéma indépendant, pourtant foisonnant, ait si peu de visibilité… »

Une meilleure diffusion

Malgré sa diffusion massive en Asie, au Moyen-Orient ou au Maghreb, le cinéma indien peine à percer dans les salles hexagonales, où il intéresse principalement les membres de la diaspora indienne ou un public de cinéphiles. « Le public français n’est pas hermétique au cinéma indien, qu’il soit axé ‘Bollywood’ ou non, et il sait faire preuve d’un profond intérêt dès lors qu’il est informé. Ce cinéma a un vrai public et fait de nouveaux adeptes à chaque programmation », remarque Sarah Beauvery, la responsable du collectif Bollyciné, qui accompagne les distributeurs français de films indiens dans la programmation, la communication, et la promotion de leurs sorties.

« La clé, comme pour tout événement, est la communication et le soutien des médias français serait un plus », ajoute-t-elle. « Pour preuve, le succès de « The Lunch box », qui a comptabilisé plus de 605 000 entrées en 2013 dans l’hexagone. Cette coproduction française a reçu un excellent accueil à Cannes et ensuite dans plusieurs autres festivals. Dès le départ, elle a bénéficié d’un important soutien médiatique. La présentation du film et le travail de communication réalisé autour ont été remarquablement menés par Happiness Production ». L’année suivante, c’est au tour de « Titli », de Kanu Behl, promu par UFO Distribution, de réaliser lui aussi un joli score, avec 420 000 entrées dans les salles françaises, grâce, là encore, à une bonne couverture médiatique.

La Fédération des Chambres de Commerce et d’Industrie indiennes (FICCI), qui s’occupe du Pavillon Indien lors du Festival de Cannes, mise sur la co-production et le dialogue pour exporter son cinéma. « Le cinéma indien a le devoir de représenter sa diversité nationale, tout en mettant l’accent sur l’objectif d’établir un dialogue réciproque avec les autres », explique Mohan Kumar, l’ambassadeur de l’Inde en France. La promotion des réalisations cinématographiques indiennes passe aussi par la reconnaissance des films régionaux, en langues vernaculaires. Tournés avec souvent moins de moyens, ces films sont aussi souvent plus engagés et plus créatifs dans leur formes, loin du carcan de Bollywood.

Aujourd’hui, quatre distributeurs se partagent le marché de la distribution des films indiens en France. Avec 70 % des films distribués dans l’hexagone, Aanna Films et Ayngaram sont loin devant BR Films France et Night ED Films. Cependant, les nouveaux venus, comme Happiness Production ou UFO Distribution, pourraient bien tirer leur épingle du jeu et contribuer à une plus grande diffusion de la Nouvelle Vague indienne, en phase avec les goûts du public français.

Si Cannes n’est pas insensible au faste « bollywoodien », à ses belles actrices mais aussi à ses nouveaux talents et à son cinéma plus « arty », l’Inde, plus grand marché mondial du 7 ème art en termes de nombre d’entrées et de films produits, a encore un long chemin à parcourir pour ravir un public plus international.


 

Le Festival Extravagant India! pour promouvoir le cinéma indépendant

Cette année, l’Inde est quasi absente des sélections de Cannes. Pas un film en sélection officielle, pas un film à « Un Certain Regard ». Pourtant, une jeune génération de réalisateurs indiens portés par le « cinéma indépendant » cherche une reconnaissance internationale et s’interroge sur la façon de pénétrer les grands marchés internationaux.

La création du festival de Goa, des National Awards, de la National Film Development Corporation of India (NFDC) ont été une première réponse à cette demande. Pourtant, toujours très peu de sélections dans les grands festivals tels que Cannes, Venise, Berlin, Toronto, Locarno, etc.

Pourquoi un réalisateur aussi exceptionnel et prolifique que Kaushik Ganguly (« Chotoder Chobi ») n’a-t-il pas encore trouvé le chemin de Cannes ? Et Anand Gandhi, avec son philosophique « Ship of Theseus », Nitin Kakkar avec son hilarant « Filmistaan », l’hyperdoué Vishal Bhardwaj et sa trilogie inspirée de Shakespeare (« Haider », « Omkara », « Kaminey ») ; ou encore Chaitanya Tamhane avec « Court », Sanjeev Gupta et « Q », son réfrigérant film sur le terrorisme? Etc.

Pour contribuer à la promotion de ce « cinéma oublié », le Festival « Extravagant India ! » crée en 2013 par une équipe franco- indienne, ne cesse d’explorer la création cinématographique indienne, recherchant avec insistance et persévérance les talents dans toutes les régions de l’Inde.

Quelques réalisateurs de talent, tels Anurag Kashyap, précurseurs de la nouvelle vague indienne, ont été identifiés et mis en avant. Mais dix ans plus tard, ils sont devenus l’arbre qui cache la forêt. Invités dans tous les festivals internationaux, une minuscule poignée de « happy few » font oublier à tous les directeurs de festivals qu’il y a d’autres talents et que leur devoir est d’aller en quête de renouveau.

Une attention plus grande au scénario, l’intégration du contexte social et des préoccupations actuelles de cette Inde en pleine ébullition, sont les éléments indispensables pour avoir une chance d’être sélectionné. Il faut aussi un certain recul, la capacité de regarder et de rire parfois. Le style ne manque pas en Inde, il s’agit davantage d’une question de contenu. Trouver une nouvelle voix, dire les choses avec originalité, ne pas se contenter d’appliquer des recettes périmées. Faire comprendre à l’immense public indien, que le cinéma est aussi une façon de s’interroger sur soi-même, que le cinéma a un rôle politique à jouer, que c’est par excellence un moyen de communication interne et externe.

Le Festival « Extravagant India ! », animé par sa passion de l’Inde et du cinéma, a mené un travail acharné de recherche et d’anticipation des œuvres et dévoilé aux Français un cinéma indien capable de relever le grand défi mondial. Témoignage de la vitalité du jeune cinéma indien et du travail de recherche du festival : sur les neuf longs métrages en compétition lors de la seconde édition, cinq étaient des premiers films et la sélection comptait des films d’au moins huit Etats indiens, dans différentes langues régionales (Hindi, Marathi, Bengali, Gujarati, Tamoul, Malayalam, Kashmiri…).

Par Gabrièle Brennen, déléguée générale d’ « Extravagant India ! » Prochaine édition : du 12 au 18 octobre 2016, à Paris.

Site web : www.extravagantindia.fr

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