Ahmedabad : ville du patrimoine mondial de l’UNESCO

La cité au patrimoine exceptionnel sera bientôt un passage obligé des grands séjours en Inde

Patrimoine

September 25, 2017

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Indes

septembre-octobre 2017

En haut: Fenêtre à claire-voie emblématique de la célèbre mosquée de Sidi Sayyed (1573) ; en bas à gauche : l’arbre de vie, détail sculpté de la mosquée de Muhammad Chishti (1565) ; en bas à droite : Détail sculpté en façade d’une « haveli » immortalisée par Cartier-Bresson en 1966

En haut: Fenêtre à claire-voie emblématique de la célèbre mosquée de Sidi Sayyed (1573) ; en bas à gauche : l’arbre de vie, détail sculpté de la mosquée de Muhammad Chishti (1565) ; en bas à droite : Détail sculpté en façade d’une « haveli » immortalisée par Cartier-Bresson en 1966

Ahmedabad vient d’être nommée ville du patrimoine mondial de l’UNESCO, une première en Inde. La capitale du Gujarat (Ouest), ville de Gandhi et cité aux quelques 560 pols, va faire parler d’elle. Décryptage d’un parcours hors du commun.

Ahmedabad. C’est le nom d’une ville indienne de province, aujourd’hui grande absente des programmes d’histoire-géo, des guides touristiques et de la couverture médiatique des pays occidentaux. Et pourtant, Ahmedabad vient d’être nommée première ville indienne du patrimoine mondial, damant ainsi le pion à Bombay et Delhi qui avaient aussi proposé leur candidature en 2011. La cité au patrimoine exceptionnel, capitale de l’Etat du Gujarat, siège de la lutte gandhienne et fière représentante de l’architecture moderne sera bientôt un passage obligé des grands séjours en Inde.

Sa nomination, Ahmedabad la doit à deux grandes richesses architecturales: ses imposants monuments de pierre, extraordinaires vestiges de son âge d’or, le Sultanat (15-16e siècles) ; et sa trame urbaine d’innombrables maisons à façade de bois richement sculptées, les havelis (17-18e siècles) organisées en pols. Pressées par les challenges de la modernité, peu de villes en Inde ont conservé leur patrimoine matériel. A Ahmedabad, on ne peut qu’être ébloui par le pittoresque des rues sinueuses, fidèles à leur histoire. Mais la ville recèle bien d’autres secrets, et c’est peut-être eux qui, finalement, ont joué en sa faveur.

Le royaume du Gujarat

Ahmedabad, la « cité d’Ahmed » en persan, tire son nom du Sultan Ahmed Shah (qui régna de 1411-1442) que l’histoire a retenu comme le fondateur d’une nouvelle dynastie, celle des Sultans du Gujarat, et d’une nouvelle capitale, cité gigantesque à l’image de son ambition politique. Ahmed Shah choisit un site sur la Sabarmati, là où, nous dit la légende, il vit un lièvre prendre un chien en chasse. Impressionné par le courage du lièvre, qu’il interprète comme un élément révélateur de la témérité des habitants du lieu, Ahmed Shah y ordonna la fondation de sa nouvelle capitale. Plus vraisemblablement, le site séduit par sa localisation, plus proche de la mer que l’ancienne capitale Anhivad-Patan, et donc stratégiquement située sur les routes terrestres reliant les riches cités portuaires avec les grands centres économiques et politiques du sous-continent. En se connectant au réseau maritime de l’océan indien, un système économique millénaire brillant et très convoité, Ahmed Shah garantit le succès de son entreprise politique et le développement économique et sociale rapide de son sultanat indépendant, le royaume du Gujarat (voir article « Les ports du Gujarat », INDES, numéro de juillet-août 2013). Les grandes familles marchandes du royaume furent incitées à venir s’installer dans la capitale qui devint, en quelques décennies à peine, l’un des marchés les plus importants du sous-continent. Ahmedabad fut fondée en 1411 et, après tout juste un siècle, le Sultan de Delhi Sikandar Lodi fit l’amère constatation que « le trône de Delhi repose sur le blé et l’orge, tandis que les fondations du royaume du Gujarat, qui possède quatre-vingt-quatre ports, sont le corail et les perles ».

Le Sultanat (1411-1573) fut une période faste, accompagnée d’une revitalisation infrastructurelle marquée par la fortification et la modernisation des centres urbains existants, et la fondation de nombreuses autres villes et complexes bâtis. Le Gujarat n’avait pas vu une activité architecturale de cette ampleur depuis l’époque Solanki. Ce renouveau s’accompagnait d’encouragements aux arts et à l’enseignement. Les rues d’Ahmedabad résonnaient des chants des festivités et la cour du Sultan du Gujarat attirait artistes, artisans, théologiens et savants de l’Inde comme de la Perse et de tout le réseau gujarati d’outre-mer.

La ville d’Ahmedabad s’annonce comme le reflet de cette opulence et de cet enthousiasme. Le plan de la cité est révélateur de l’audace de l’entreprise d’Ahmed Shah : les imposantes fortifications de 10 kilomètres de long protègent un espace de pas moins de 5,35 kilomètres carrés, faisant de la cité intra-muros, à la date de sa fondation, une agglomération déjà plus grande que Londres et aussi importante que Paris. La cité fut rapidement enrichie d’une multitude de palais princiers, de monuments religieux, de hammams et de toutes autres infrastructures nécessaires à la vie de la cour et à la grandeur d’une capitale qu’Ahmed Shah voulait plus brillante que la belle Nishapur, référence persane du moment.

« Il n’est pas nécessaire d’ajouter qu’Ahmedabad est finalement la plus belle ville de l’Hindoustan », mentionne l’historien persan Firishta à la fin du 16ème siècle.

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