Le charme éternel de Madhubala, la « Marilyn Monroe de l’Inde »

Série – Il était une fois le cinéma indien (3)

Cinema

December 12, 2016

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Dilip Kumar et Madhubala dans « Mughal-E-Azam » (1960).

Dilip Kumar et Madhubala dans « Mughal-E-Azam » (1960).

Madhubala (1933-1969) est une de ces grandes actrices dont les Indiens se souviennent toujours avec émotion, pour ses rôles pleins de force et sa beauté fascinante. Parfois appelée la « Marilyn Monroe de l’Inde », l’actrice est morte à l’âge de 36 ans, comme la star américaine, et conserve un impact durable auprès du public, en Inde et ailleurs dans le monde.

Née Mumtaz Ataullah, en 1933 à New Delhi, la capitale indienne, Madhubala a commencé à tourner des films dès sa plus tendre enfance. Sa famille, de confession musulmane, comme celle de beaucoup de stars, l’avait emmenée à Mumbai (Bombay), le coeur de Bollywood, une des plus fameuses industries cinématographiques indiennes. Là-bas, Madhubala a eu ses premiers rôles à l’âge de neuf ans.

Son premier film, « Basant » (1942), a d’emblée rencontré le succès. La jeune fille, qui se serait lancée dans cette carrière pour aider sa famille à surmonter ses difficultés financières, a dès lors continué pendant le reste de sa courte vie à aider les siens, tant que ses forces le lui ont permis. Sa mort, d’une maladie du cœur, est en effet intervenue après une nette détérioration de sa santé, l’empêchant sur la fin de jouer dans des films.

La jeune actrice a très vite conquis le public mais c’est son rôle face à la grande star indienne de l’époque, Raj Kapoor (lire le premier article de notre série sur le cinéma), dans « Neel Kamal », en 1947, qui en a fait la star chérie des Indiens, à travers tout le pays. Ce n’est qu’à cette date que Mumtaz Ataullah est véritablement devenue l’icône sur celluloïd Madhubala.

« Le travail de Madhubala dans ‘Mahal’, en 1949, est peut-être ce qui a véritablement assis sa crédibilité et fait d’elle une actrice de légende. En effet, même si beaucoup de spectateurs à l’époque ne voyaient d’abord que sa beauté, je pense que c’était son jeu, qui alliait grâce et talent, qui en a fait une figure mémorable », explique à INDES Magazine le cinéaste indien Riingo Banerjee.

La célébrité de Madhubala a atteint son apogée au début des années 1950, en Inde mais aussi ailleurs dans le monde. Elle a ainsi suscité beaucoup d’intérêt à Hollywood, faisant l’objet de portraits dans les magazines américains et s’attirant les éloges de réalisateurs américains pour son travail.

La célébrité de Madhubala s’est également mesurée à l’aune des grandes personnalités du cinéma indien avec lesquelles elle a travaillé : côté stars masculines, Raj Kapoor donc, mais aussi Shammi Kapoor, Dilip Kumar et Dev Anand. Fait rare pour une actrice à l’époque, Madhubala a conquis une place à part dans l’industrie cinématographique, sous son seul nom, même si la plupart de ses rôles dans le film devaient composer avec la domination traditionnelle des personnages masculins dans l’intrigue. Côté actrices, Madhubala est également apparue notamment aux côtés de Kamini Kaushal, Shyama et Nimmi, des grandes dames du cinéma de l’époque.

Elle a su nouer une relation de confiance avec les plus grands réalisateurs de son temps, comme Mehboob Khan, Guru Dutt et K Asif. La jeune femme, toujours dans une veine de précurseur, s’est également essayée à la production mais a finalement dû y mettre un terme, en raison de sa maladie.

Des portraits variés de femmes

Dans une filmographie variée, elle a exploré à travers une riche galerie de personnages, différents portraits de femmes, tout en nuances, et issues de différents milieux sociaux. De la grande dame de « Badal » en 1951 à l’héritière choyée de la célèbre satire « Mr & Mrs ’55 », de Guru Dutt, elle a su se renouveler tout au long de sa carrière.

Pour Ashok Viswanathan, cinéaste et personnalité du monde du théâtre, basée à Kolkata (Est), « la variété et la spontanéité apportées par Madhubala à ses rôles, avec le charisme d’une actrice à la grande vérité humaine, expliquent son impact durable, même pour des gens comme moi qui ont vu ses films beaucoup plus tard. De son rôle très élégant d’amoureuse de Salim dans ‘Mughal-e-Azam’, à celui de la compagne folle et joyeuse de Kishore Kumar dans ‘Chalti Ka Naam Gaadi’, elle pouvait dépeindre tellement d’humeurs. »

En dépit de quelques revers commerciaux, Madhubala n’a jamais renoncé à s’essayer à de multiples rôles, des drames en costumes aux drames sociaux ou psychologiques, comme « Amar », de Mehboob Khan, en 1954. Parmi ses personnages mémorables figurent en particulier celui d’une chanteuse de cabaret anglo-indienne du quartier interlope de Chinatown, à Kolkata, aux côtés de Kishore Kumar, dans « Chalti Ka Naam Gaadi » et bien sûr celui de courtisane bien aimée dans « Mughal-e-Azam ».

Une femme de caractère

La présence dominatrice du père de Madhubala a fait croire à certains qu’il contrôlait tous les aspects de la vie de l’actrice. Ashok Viswanathan croit au contraire que, par sa personnalité, dans la vie comme sur l’écran, la star a aussi su incarner un tournant dans le cinéma indien, celui de l’émergence progressive de films axés sur une héroïne, changeant par là même la manière de représenter les femmes. « Elle était une femme courageuse et malgré son appartenance à un milieu très orthodoxe, elle a réussi à laisser cet héritage là », estime ainsi le cinéaste.

Ce dernier souligne aussi l’influence de Madhubala sur d’autres grandes actrices qui ont émergé à cette époque, comme Meena Kumari, imposant, comme elles, des scénarios et des personnages correspondant pleinement à sa valeur. « Madhubala savait se composer une allure, à une époque où les vêtements comptaient énormément, contrairement à aujourd’hui. C’était une vraie femme, de chair et de sang, et non une simple pin-up ou un faire-valoir pour un partenaire masculin », ajoute-t-il.

Madhubala a joué dans plus de 70 films de 1947 à 1964 mais seuls 15 d’entre eux ont été de grands succès. La grande star indienne Dilip Kumar, roi de la tragédie à Bollywood et amant de Madhubala de longues années durant, a expliqué ainsi ce parcours commercial moins brillant que l’aura de l’actrice auprès du public: « Si elle avait vécu et si elle avait choisi ses films avec plus de soin, elle aurait été bien supérieure à ses contemporains », ajoutant que « les actrices de cette époque faisaient face à beaucoup de difficultés et de contraintes dans leur carrière. Souvent impuissantes à trop s’affirmer, elles retombaient parfois sous la coupe de leurs familles, qui en devenaient les gardiens et décidaient de tout pour elles. »

Malgré des succès dans les années 1960 comme « Jhumroo », « Half Ticket » et « Sharabi », la star a dû faire face à une santé déclinante.

Amoureux de la star

Plus d’un partenaire ou d’un spectateur de Madhubala sont tombés littéralement amoureux d’elle et sa relation avec Dilip Kumar est restée légendaire. Ce dernier a avoué dans son autobiographie: « Je dois admettre que j’étais attiré par Madhubala à la fois comme co-star et comme personne, qui avait certains des attributs que j’espérais trouver chez une femme, à cet âge et à cette époque. (…) Elle était très vive et vivante et, en tant que telle, elle pouvait me tirer sans effort de ma timidité(…). » Les deux amoureux se sont finalement séparés et bien des chroniqueurs de cinéma et journalistes ont attribué cette rupture à la ferme opposition du père de Madhubala.

Madhubala a fini par se marier avec un autre partenaire à l’écran, Kishore Kumar, qui s’est converti à l’Islam et a pris le nom de Karim Abdul pour pouvoir l’épouser. Il avait divorcé de sa précédente femme et est resté le mari de Madhubala jusqu’à la mort de cette dernière en 1969, malgré une relation qualifiée par certains de mouvementée.

Madhubala reste très présente auprès de nombreux fans et des nouvelles générations qui la découvrent au travers de ses films re-masterisés ou parfois même colorisés. Pour Riingo Banerjee, c’est certain, « Il n’est pas totalement hors de propos de considérer Madhubala comme ‘la Marilyn Monroe de l’Inde’ » : toute comme cette dernière, son héritage reste bien vivant de nos jours.

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