Udta Punjab

L’enfer de la drogue

Cinema

May 11, 2016

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Indes

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Un film choc qui dénonce les trafics et la consommation de drogues dans l’État du Punjab (Nord).

Avant même sa sortie en salle, Udta Punjab a suscité la polémique. Le Central Board of Film Certification (CBFC), l’autorité de régulation de l’audiovisuel en Inde, a exigé pas moins de 89 coupures dans le film ! Tollé à Bollywood, débats dans la presse : Abhishek Chaubey, le réalisateur, Anurag Kashyap, le coproducteur, et les acteurs se mobilisent. La société civile s’indigne, voyant dans cette énième censure du CBFC une restriction de la liberté artistique et d’expression. Résultat, la Haute Cour de justice de Bombay a dû statuer : elle a autorisé la sortie en salle du film, en concédant une seule coupure au CBFC, accompagnée d’un avertissement des spectateurs. Cette publicité gratuite aura finalement servi le film, puisque dès le premier jour de sa sortie, les salles ont affiché complet.

Destins gâchés

Mais pourquoi toute cette effervescence autour d’ Udta Punjab ? Peut-être parce que c’est un film choc. Bien loin des romances de Bollywood , où des couples dansent chastement au milieu de champs de moutarde , dans un P unjab riche et fertile, Udta Punjab dénonce le fléau de la drogue dans cet État du Nord -Ouest de l’Inde. Au programme : noirceur, délire et violence. Le spectateur suit l’évolution de quatre personnages dans une alternance de scènes brutales et de dialogues crus.

Le premier protagoniste, Tommy Singh alias « The Gabru » (Shahid Kapoor), est un chanteur populaire à la dérive. Sa créativité et ses prestations scéniques ne dépendent plus que de son degré d’intoxication.

L’actrice Alia Bhatt incarne , elle, une jeune immigrée en provenance du Bihar, l’un des États les pauvres de l’Inde. Par un malheureux hasard, elle se retrouve en possession de trois kilogrammes de cocaïne. Sa descente aux enfers est aussi cruelle que terrifiante.

Sartay Singh (Diljit Dosanjh) campe un policier corrompu, à l’image de l’ensemble de ses collègues. Lorsque son jeune frère fait une overdose de médicaments toxiques, la donne change. Enfin, le Dr Preet (Kareena Kapoor) se bat pour soigner et désintoxiquer des patients dépendants , aux comportements ingérables, de plus en plus nombreux.

Ces quatre p ersonnage s évoluent dans un univers sans pitié , où le cynisme et la corruption des politiciens rivalisent avec ceux des forces de l’ordre, au profit d’un gigantesque trafic meurtrier. D’un côté, on assiste à la déshumanisation des personnages pris, parfois à leur corps défendant, dans la spirale de la dépendance. De l’autre , on retrouve le combat et la naïveté de ceux qui veulent lutter contre ces trafics. La conclusion est loin d’être réjouissante. Le film dévoile incontestablement une réalité largement ignorée ou occultée, celle du problème du trafic et de la consommation de drogue au P unjab. Ce faisant, il condamne fermement le phénomène et l’on se demande réellement pourquoi l’autorité de régulation a souhaité censurer ce film, qui est sans aucune ambigüité dissuasif. On y voit les conséquences terribles et destructrices du trafic et des addictions. Les personnages eux-mêmes pourraient faire partie d’un groupe de prévention contre la drogue, tant ils se repentent amèrement au cours du film.

Alors, est-ce parce que l’on voit de jeunes Indiens se droguer sur grand écran ? Ou parce que le film met en scène des politiciens corrompus, responsables d’un vaste trafic contrôlé par des mafias locales et des policiers achetés ? Ou encore parce que le nom de l’État du P unjab est associé, dans le titre même du film, à la drogue ?

Scénario bancal,mais acteurs de talent

Malgré son intérêt pédagogique et documentaire, le film reste inabouti. Le scénario, qui traîne en longueur , notamment dans la deuxième partie, aurait mérité d’être beaucoup plus construit et incisif. On sent l’influence Hollywoodienne de Quentin Tarantino ou des frères Cohen dans la violence utilisée et dans la volonté de déstructurer le récit. Le résultat est malheureusement confus et mélange bizarrement les genres cinématographiques. Par exemple, la mini-enquête policière menée par Sartay et le Dr Preet semble avoir été ajoutée de façon artificielle et paraît clairement peu réaliste. De même, le traitement de leur relation affective nous rapproche des standards classiques de Bollywood, pourtant hors contexte ici.

Le personnage du Dr Preet n’atteint d’ailleurs pas la consistance des autres protagonistes. Caution morale du film, la jeune femme trop lisse ne réussit pas à convaincre , malgré les efforts de son interprète, Kareena Kapoor, considérée comme l’une des valeurs sûres de Bollywood.

A contrario, le jeu de Diljit Dosanjh, acteur du Punjab qui fait son entrée à Bollywood, sonne très juste. Sans excès, il donne du relief à son personnage de policier corrompu repenti, néanmoins bien naïf. Beaucoup de critiques saluent également la prestation de Shahid Kapoor , en chanteur de rock décadent. Si le personnage est assez caricatural, l’humour des dialogues allè ge l’ambiance souvent dramatique.

C’est finalement la jeune actrice Alia Bhatt, habituée des comédies à l’eau de rose, qui se révèle avec brio dans ce rôle difficile. Son jeu et ses attitudes laissent pantois. Son personnage est le plus attachant, complètement victime d’un trafic sans foi ni loi. Malgré ses petits défauts, Udta Punjab est donc à voir , ne serait-ce que pour sortir des bluettes simplistes d’un autre Bollywood.

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