« Phullu » – un film indien qui brise le tabou des règles

Le chemin reste long pour changer le regard sur ce « problème » de femmes

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Société

June 17, 2017

/ By / New Delhi

« Phullu » est sorti le 16 juin, 2017, mais classé « A », le film est interdit aux moins de 18 ans, le premier public concerné

« Phullu » est sorti le 16 juin, 2017, mais classé « A », le film est interdit aux moins de 18 ans, le premier public concerné

« Phullu » veut sensibiliser le public indien à la question des règles et de l’hygiène menstruelle : un sujet tabou pour beaucoup. Classé « A », le film est interdit aux moins de 18 ans, le premier public concerné.

Motus et bouche cousue ! En Inde, on n’en parle pas. Les menstruations sont un sujet tabou, que l’on évoque rarement, ou alors avec beaucoup de honte ou de gêne. La « décence » impose alors que les Indiens, femmes et hommes, restent ignorants de ce processus biologique naturel, symbole de la fécondité d’une femme. Les mythes et les tabous autour des cycles menstruels, qui ont souvent pris valeur de normes au fil du temps, persistent ainsi dans toutes les couches de la société indienne.

L’histoire de « Phullu » va dans le même sens. Phullu, habitant d’un petit village indien, ne sait rien des menstruations. Comme beaucoup d’autres Indiens, il n’en découvre l’existence qu’après son mariage, quand sa femme lui cache les chiffons qu’elle utilise à ces périodes. Il se rend compte alors combien son village manque de protections hygiéniques et que les femmes se heurtent aux mythes et à la honte liés à leur utilisation. Il décide alors d’éduquer et de sensibiliser son village, mais les villageois condamnent son action, et Phullu doit passer outre la honte pour aborder un sujet aussi tabou. Toutefois, en dépit de tous, il entreprend de mettre à disposition des serviettes hygiéniques bon marché.

Un sujet « adulte »

Malheureusement, ce film ne sera pas visible par le premier public concerné, les jeunes Indiens, le film ayant été classé « A » (Adulte), l’interdisant au moins de 18 ans.

« Ce film était destiné aux familles et surtout aux jeunes indiens, filles et garçons. Mais le Central Board of Film Certification (CBFC) (ndlr : commission de régulation et de censure du cinéma indien) l’a classé ‘A’. Si les publicités pour les protections hygiéniques sont autorisées sur les chaînes nationales, pourquoi censurer un film qui représente une avancée pédagogique sur ce sujet ? », s’interroge Sharib Hashmi, interprète de Phullu.

Son réalisateur, Abhishek Saxena, affirme que le film est dépourvu de contenu obscène, ne fait pas la promotion du tabac et ne présente aucun sujet justifiant cette classification. Le but principal du film, ajoute-t-il, est d’encourager le public à parler des règles et des protections hygiéniques sans honte, mais la censure va à l’encontre de cette intention. « Notre petit budget ne nous permet pas de nous battre contre ça. Le problème c’est que les responsables du CBCF ont eux aussi grandi avec ces interdits, et trouvent ainsi le sujet ‘vulgaire’. C’est ce tabou même que nous voulions briser », se désole Abhishek Saxena, désespéré, dans un entretien à The Quint.

Les protections hygiéniques, un produit de luxe

Mais le sujet devient d’autant plus important que moins de 12% des Indiennes ont accès aux protections hygiéniques, comme le montre une enquête menée en 2011 par l’institut américain de sondages AC Nielsen. Les serviettes hygiéniques étant vendues à des prix prohibitifs, beaucoup d’Indiennes se tournent vers des moyens peu hygiéniques, voire dangereux, comme de vieux chiffons et même parfois du sable, de la paille ou de la cendre.

A ceci s’ajoute une taxe de près de 12% sur ces produits, supérieure encore dans le cas de tampons, surtaxés par certains Etats indiens. Paradoxalement, ces produits « de luxe » sont devenus inaccessibles pour celles qui en ont besoin pendant une semaine, chaque mois et pendant une bonne quarantaine d’années de leur vie.

Reste à voir si les initiatives comme le film « Phullu », la bande dessinée « Menstrupedia », ou d’autres initiatives menées par des  militantes engagées, pour la sensibilisation de leurs concitoyens à cette question essentielle, mèneront à l’émancipation des Indiennes.

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