« Priya’s Shakti »

Une BD pour combattre les violences sexuelles en Inde

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October 16, 2017

/ By / New Delhi

Indes

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Priya est une super-héroïne calquée sur l’image de Durga

La série de bande dessinée « Priya’s Shakti » a pour but de sensibiliser les jeunes Indiens aux violences et au harcèlement sexuels, tout en captant leur attention par le biais de la « réalité augmentée ». Avec ses bulles pédagogiques, elle renforce aussi l’essor d’une nouvelle vague urbaine et revendicatrice qui confirme le sursaut féministe de la jeunesse indienne.

Une super-héroïne calquée sur l’image de Durga

Incarnation du pouvoir féminin, l’image de la déesse Durga assise sur un tigre, trône souvent dans les maisons, les bureaux et les magasins indiens. Mais c’est sans doute la première fois qu’elle est utilisée pour mettre l’accent sur la question dramatique du viol, des attaques à l’acide et des violences sexuelles auxquels les femmes sont très régulièrement confrontées.

La série de BD, la première du genre, met en scène Priya, une super-héroïne et survivante d’un viol collectif. Comme cela arrive à nombre de jeunes Indiennes, elle se retrouve rejetée par sa famille à la suite de cette agression. Toutefois, elle reçoit la bénédiction de la déesse Parvati pour se venger et combattre les criminels qui s’attaquent aux femmes. Le personnage de Priya est vite devenu un phénomène global et continue à déclencher de nombreux débats en Inde au sujet du traitement des victimes d’agression sexuelle.

Une nouvelle arme contre le harcèlement sexuel

Créé par la productrice Lina Srivastava, l’écrivain américain Dan Goldman, et le réalisateur indo-américain Ram Devineni, ce « comic book », téléchargeable gratuitement en anglais et également disponible en version papier, questionne un « problème national », celui du viol. « Le viol en Inde est un problème culturel, étroitement lié au patriarcat, à la misogynie et aux préjugés populaires », a expliqué Ram Devineni à la BBC. « Dans la société indienne, très machiste, ce n’est pas le violeur qui est coupable, mais la victime – dont les propos sont accueillis avec scepticisme – qui est tournée en ridicule et ostracisée », précise-t-il. « J’ai toujours cru qu’un comic était un bon moyen d’allier amusement et information, par un biais détourné », commente à son tour Dan Goldman.

L’idée naît en 2012, suite à un fait divers très médiatisé en Inde, et ailleurs : Jyoti Singh, étudiante en physiothérapie de 23 ans, est sauvagement violée par six hommes dans un bus à Delhi. Horrifié, Ram Devineni se donne alors pour mission de créer une bande dessinée dont l’histoire braverait le patriarcat et la misogynie tout en défiant les préjugés de la société indienne sur les violences sexuelles faites aux femmes. Interrogé sur l’accueil de « Priya’s Shakti » Ram Devineni explique, « Nous ne nous attendions pas à un succès populaire aussi fulgurant et important. Priya a su émouvoir un public international. ».

Un sursaut féministe à l’indienne

« Priya’s Shakti » n’est pas seulement une bande dessinée virtuelle, c’est aussi une plateforme multimédia où se mêlent animations, vidéos et contenus de réalité augmentée présentant des témoignages de la vie quotidienne et des récits d’Indiennes ayant survécu à cette atroce réalité. Une manière pour le créateur d’apporter des éléments de réflexion plus poussés sur la question des violences faites aux femmes. « Ce n’est pas une « Wonder Woman » hindoue », prévient Dan Goldman, le père graphique de Priya, un personnage à la plastique ordinaire mais à l’esprit hors du commun, en qui toutes les Indiennes se reconnaissent.

Dans cette BD, destinée à combattre les idées reçues sur le viol, en Inde comme partout ailleurs, les dieux, épouvantés par cette horrifiante réalité, se révoltent et décident de punir l’humanité, quand certains choisissent de la défendre. En brisant le silence, Priya dénonce une réalité sociale bien ancrée dans la société où elle évolue. Elle devient porte-parole de ces victimes blessées et stigmatisées et les pousses à trouver en elles-mêmes la force de se battre au quotidien contre cette cruelle réalité.

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